Science et foi

Par rapport à une question qui travaille pas mal de personnes, j’ai un profil qui semble atypique. Je me prépare à devenir prêtre, et j’ai un master en philosophie de sciences qui se poursuit actuellement dans d’une thèse de doctorat. La question de la connaissance me passionne, et je veux aussi que ma vie soit tout entière vouée au brasier d’Amour qu’est le Dieu Tout Puissant. Le plus que j’avance, le plus que ces deux choses se rejoignent. Ma vie spirituelle éclaire et motive mon travail de recherche, et celui-ci ne devient un des lieux parmi tant d’autres où je me sens appeler à chercher, aimer et servir Dieu. Ma recherche est une œuvre d’amour, ce qui lui donne une exigence d’autant plus forte.

Quid de la soit-disante division entre science et foi ? J’ai craint la rencontrer à certains moments il y a longtemps, tenant ma foi comme une petite lampe toute tremblante devant moi, éclairant juste le prochain lieu où j’allais poser le pied, mais pas beaucoup plus loin… Mais je n’ai jamais trouvé ce monstre. J’ai parfois pensé qu’il était en train de m’attaquer, mais après un appel au ciel je compris vite à chaque fois qu’il s’agissait d’un autre, et bien réel celui-là. Rien est plus terrifiant que les terreurs engendrées par l’imagination.

Et l’évolution ? Certes le récit biblique ne raconte pas les choses comme Darwin. Tout est fait en sept jours, la femme sort du côté de l’homme, il y a un serpent qui parle… Mais justement, ce récit est allégorique. Il dit certes certaines vérités bien objectives : Dieu a crée le monde et l’homme, l’homme a rejeté le plan de Dieu pour ses propres idées et a donc ouvert la porte au mal et au malheur dans la création, et bien d’autres. On y arrive après une interprétation correcte de ce texte plusieurs fois millénaire. Mais dans la tradition théologique, le mode évolutif comme celui par lequel Dieu crée a toujours été pris comme une option sérieuse et légitime. Il n’a certes pas été le préféré des théologiens, mais « mes pensées ne sont pas vos pensées » et « devant le Seigneur, un jour est comme mille ans et mille ans sont comme un jour. » Cette création exubérante, imprévisible, en des milliards d’étapes, qui prend son temps allègrement, qui vit des périodes de calme plat et d’autres de drames immenses, qui rayonne d’une beauté et d’une gloire qui surpasse le génie des plus grands artistes : tout cela porte l’empreinte du Dieu de la Bible, pour qui cherche un peu à le connaître.

Et le Big Bang ? Une jeune catholique inquiète me disait justement que ça semblait pouvoir permettre au gens de se passer de Dieu intellectuellement. Mais la vérité est précisément l’opposé ! Nous manquons de suite dans nos idées à notre époque… En effet, cette théorie sonne le glas du matérialisme. La matière a été crée. Elle a eu un commencement. Le temps et l’espace aussi. L’univers a un age et un moment zéro. Et nous savons tous qu’il n’y a pas d’effet sans cause : d’où est venu cette immense explosion, cette masse inimaginable d’énergie ? Rigoureusement, la cause se situe hors de l’espace, du temps et est d’une puissance inimaginablement grande, tellement grande que toute l’énergie des volcans, soleils, galaxies et trous noirs serait comme une poussière portée par le vent face à elle. De tout cela elle en est la cause. Je ne connais aucune autre entité dont l’homme ait jamais conçu qui corresponde à ce profil autre que Dieu. Il est la seule hypothèse dont nous disposons pour expliquer l’origine du Big Bang. Et le plus fort dans cela est que l’homme qui a formulé cette théorie en premier était prêtre en plus d’être physicien, l’abbé George Lemaître. Vous dites que Dieu ne fait pas de signes et n’a pas le sens de l’humour ?

Les hommes l’ont beaucoup moins. On a du attendre 2018 pour qu’une des lois de la nature qui décrit tout ceci soit renommé la loi Hubble-Lemaître. Un prêtre qui défendait que l’univers était apparu dans un grand flash était de trop pour le XXème siècle.

Le plus que j’avance dans la foi, le plus que des contradictions supposées avec la raison me semblent illusoires. Les arguments contre les miracles s’évaporent quand on regarde rigoureusement les investigations des professionnels sur ceux de Lourdes, entre tant d’autres. Ils s’évaporent encore plus quand on en est témoin. D’ailleurs, ils avaient déjà perdu quasiment toute leur force pour moi quand j’avais appris développé mes facultés d’analyse critique, et que j’ai pu en percevoir la faiblesse philosophique. Par ailleurs, dans mon domaine, la philosophie analytique, si la grande majorité des philosophes se disent athées (environ 80%), parmi les plus grands, les croyants sont en fait nombreux: Putnam, Kripke, Dummett, Anscombe, Geach, Plantinga, Audi… Ces noms ne vous disent probablement rien, mais ils s’agit des esprits parmi les plus affutés de ces soixante dernières années, quasiment dans une classe à part.

Et je ne pense pas que ce soit le hasard d’ailleurs. Le monde est beaucoup plus cohérent quand on y laisse une place à Dieu (certes quand on comprend bien ce qui s’entend par ce mot, mais cela un autre sujet. Enfin déjà, ce n’est un barbu sur un nuage si certains en doutaient… mais bien plutôt le fondement incréé et transcendant de tout être existant. L’Amour pur et Tout Puissant), et j’ai pu le constater dans ma propre vie d’étudiant de philosophie. Certes mes résultats étaient bons avant, mais après ma conversion en troisième année de licence, le sérieux et la rigueur de ma réflexion firent des pas en avant notables (et grâce aussi à des bons profs rencontrés en master bien sûr).

A ce moment-ci de la conversation il arrive souvent que l’on me dise assez spontanément, « et que fait-on du mal alors, Dieu est-il sourd à tout cela ?! » ou « et le religion ne cause pas toutes les guerres du monde ?! » Bon, on peut répondre en une phrase à la deuxième question : après un siècle où l’humanité a été ravagée comme jamais alors que la religion n’avait jamais autant reculé et n’avait jamais eu aussi peu d’influence politique, cet argument n’a non seulement plus l’ombre d’une crédibilité mais est ridicule. Certes, il existe toujours des fanatiques qui sont a combattre, mais ce ne sont pas eux qui tuent les hommes par millions et centaines de milliers. En revanche la première question, celle du mal, est bien plus intéressante, mais demanderait un article à part – que j’écrirai surement ! Mais en regardant Jésus cloué par ses poignets et pieds sur une croix de bois, on se doute qu’il a des choses plus que pertinentes à dire sur le sujet. 

Justement, on peut ainsi voir que la question de Dieu ne se situe pas au niveau d’un supposé conflit entre raison et foi. Cela est un leurre. Il est absolument rationnel de croire en Dieu, et même beaucoup plus que de ne pas y croire pour qui a eu l’occasion de cheminer un peu vers lui (ce qui malheureusement n’est pas donné à tout le monde aujourd’hui…). Le Dieu de l’Amour est aussi celui de la raison. La question de Dieu se situe dans le fond de notre cœur : sommes nous prêts à faire un engagement radical en faveur de l’Absolu, à tout parier sur le Beau, le Bien, le Vrai et l’Amour ? Si la réponse est oui, ou si même l’on désire simplement qu’elle le soit pour nous, alors « cherchez et vous trouverez. »

Voici la servante du Seigneur

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Qu’est-ce le mystère de l’Annonciation ? La sagesse inouïe qui se cache dans cet évènement à la fois humble et extraordinaire ? Certes, dans sa plénitude cela dépasse les mots. C’est pour cela qu’on parle de mystère. Pas comme une énigme qui aurait ou pas une clé, mais plutôt comme une réalité insondable, dont la profondeur épuise les possibilités du discours. Une personne par exemple est un mystère. Elle ne s’explique pas, mais elle peut se contempler. Nous pouvons apprendre à la connaître. Essayons de laisser l’ineffable sens de ce moment de l’histoire toucher nos cœurs et nos intelligences, pour y percevoir l’immensité de ce qui s’y est déroulé.

« Voici la servante du Seigneur. » La puissance qui se dégage de ces mots est inouïe. Pourquoi ? Car elle signale une créature, un être fini, qui a bâti sa vie sur l’infini, sur le Roc. « Je garde le Seigneur devant moi sans relâche, il est à ma droite je suis inébranlable. » Ainsi, la vie de Dieu est devenue comme la sienne. La volonté de Marie est toute puissante, son Amour est un brasier qui ne peut pas s’éteindre. « Dans ta lumière nous voyons la lumière. » Dans cet acte d’humilité ultime, l’on voit que la vie de Marie est devenue infiniment plus que ce qu’on aurait pu espérer.

L’humain est capax Dei, capable d’entrer en communion avec Dieu de par sa nature, et il peut ainsi devenir alter Christi, un fils du Très-Haut. « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi. » Et qui n’a pas senti la douceur de Marie dans sa vie quand il l’a prié ? Qui n’a pas vu la puissance de son soutien ? Quelle merveille que cet humble acte d’humilité. « Qu’il me soit fait selon ta parole. »

Laissons la saveur de ces moments rapportés par Saint Luc, où toute l’Histoire a basculé, flotter dans nos cœurs quelques moments. Essayons d’en saisir le secret, pour pouvoir vivre à notre tour la transfiguration promise. « Celui qui croit en moi fera les œuvres que je fais. Il en fera même de plus grandes. »