Tout est religieux

Sans titre (6)

Il est difficile de définir la religion. Qu’est-ce ? L’on pense en effet, trop souvent, savoir de quoi il s’agit, d’ailleurs pour mieux l’écarter quand elle nous dérange. Cela est toujours pure illusion. On est pas religieux ou non ; on l’est en bien ou on l’est en mal. En d’autres termes, chez l’homme, tout est religieux.

Comment ça ?! Certes, la religion est difficile à définir, mais on voit à peu près de quoi il s’agit. Il y a presque toujours des bâtiments, des rites, des habits, un rapport au sacré, des enseignements qui cherchent à répondre aux questions les plus profondes qui peuvent monter au cœur de l’homme, une morale, des fêtes communautaires, des traditions qui touchent à ce qu’il y a d’important dans nos vies… En fait, quand on fait la liste, les religions semblent vraiment se manifester dans tous les aspects principaux, essentiels, de la vie humaine… Mais de là à dire que tout est religieux… Et que penser de nos sociétés sécularisés ?

Pour l’homme, tout est religieux. On est pas religieux ou non ; on l’est bien ou on l’est mal. La société sécularisée l’est mal, très mal. Selon une magnifique définition du Père Bouyer, la religion est « ce qui entraine une harmonisation de l’individu et de la société, voire de la société humaine et du cosmos dans son ensemble. » (Le Père Invisible, 1976, p. 11) Ainsi, toutes nos activités par lesquelles, inconsciemment ou consciemment, nous tendons à être en harmonie avec nous-même, nos frères et sœurs humains, le cosmos, et Dieu lui-même, sont religieuses. Or toute activité humaine sera profondément marquée, positivement ou négativement, par un tel souci. Dans une vie pleinement heureuse, la dimension religieuse sera belle et épanouie. Dans une vie malheureuse, elle sera, d’une manière ou d’une autre, difforme, estropiée. Que serait un homme dont la vie ne serait que conflit et isolement ?

Voilà pourquoi la société sécularisée tend à l’atomisation, à l’hyper-individualisation, en une dissolution des formes des vies communes, et même en une destruction quasiment délibérée de la nature… Toutes les structures visibles et institutionnelles qui portent la religion sont écartées. Lieux de culte, habits, symboles, termes, théologies, saintes écritures, prières, fêtes communautaires… la sécularisation, par définition, écarte tout cela. Mais quelle naïveté de penser changer le fond en masquant la forme ! Un organisme amputé continue de vivre, et bien mal d’ailleurs… Même sans les repères visibles, structurants, tous les besoins religieux de l’homme, si profonds, si essentiels, restent en place. Toutes les réalités, si vitales, que la religion harmonisait doivent en effet toujours l’être. La vraie société sécularisée, pleinement sécularisée, est une société sans vie humaine, faite de robots qui n’échangent pas et qui n’ont d’humain qu’une intense, écrasante, solitude dont ils s’admettent à peine à eux-mêmes l’existence, mais qui leur enlève, peu à peu, mais inévitablement, et rapidement d’ailleurs, toute envie de poursuivre leur existence.

La fausse société sécularisée, celle créée par les soi-disante Lumières et qui domine encore aujourd’hui, propose simplement une contre-religion. A travers l’histoire d’ailleurs on peut remarquer que les mouvements de sécularisation sont généralement marqués par un fort retour de la superstition et des pratiques magiques. La Renaissance a vu une explosion de l’occultisme sous toutes ses formes, le XVIIIe siècle des Lumières et le positiviste XIXe de même…

Mais plus profondément, les mouvements de sécularisation ont généralement cherché un succédané de religion, sans les symboles visibles, dans des projets politiques, généralement avec des résultats catastrophiques. Au XIXe siècle, Michelet exaltait le destin transcendant de l’Etat-nation de la France, Hegel celui l’Allemagne, et ensuite les pays se livrèrent au plus grand jeu de massacre de l’histoire, pendant presque un siècle. Par la suite, dégoutés des fruits terribles de la mythologie politique nationaliste, l’on se tourna au siècle suivant, avec non moins de ferveur et d’effusion de sang, dans la folie du mythe politique internationaliste communiste. Les hébreux anciens se détournaient du Dieu Un pour offrir des sacrifices humains aux Baals et aux Molochs. Les hommes sécularisés, dits modernes, ont fait de même. Pour l’homme, tout est religieux. On est pas religieux ou non ; on l’est bien ou on l’est mal.

Toute activité humaine est religieuse, car elle est structurellement déterminée par notre rapport au sacré. Qu’est-ce notre rapport vivant, vécu au sacré ? Et puis, qu’est-ce notre rapport symbolique, mythologique et conceptuel au sacré ? Quelles réalités font la médiation entre nous et lui ? Cela structurera toute notre existence, jusqu’au moindre de nos actes, mêmes inconscients. Au fond, seul le sacré nous motive, lui seul est désirable, et ce n’est que Lui que nous cherchons en tout. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Si nous nous trompons sur cette question si fondamentale, si nous prenons comme Sacré des idéaux ou réalités politiques, idéologiques, économiques ou mêmes humaines, toute notre vie en sera marquée des cruelles conséquences. Nous deviendrons des fanatiques, nous sacrifierons ce qui a de la valeur, pour ce qui n’est qu’illusion et vanité. Nous pourrions-même aller jusqu’à tuer notre frère.

Quelles voies s’offrent à l’homme ? Il peut véritablement continuer à se séculariser, et le faire jusqu’en ses profondeurs intimes, et alors il s’auto-détruira, en tant qu’homme mais probablement aussi tout court. Aussi, après le nationalisme et le communisme, il pourrait s’engouffrer dans un nouveau projet messianique, porteur de nouvelles utopies illusoires et d’enfers terrestres eux bien réels. Mais il pourrait aussi tourner ses facultés, son intelligence, son cœur, son désir de connaissance, d’amour, vers le sacré à nouveau, pour chercher les voies de la véritable communion avec lui. Cela lui est aussi ouvert. « Cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. » Voilà le chemin de la vie. Saurons-nous le prendre ?

Une prophétie circule depuis un certain nombre de décennies… « Le vingt-et-unième siècle sera religieux ou ne sera pas. » L’avenir est entre nos mains. Que le Seigneur nous prenne en pitié, et qu’il nous éclaire !

Sans titre (6)

 

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