Comment lire les médias avec un œil critique

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En 2009, lors de ma première semaine en cursus de philosophie, un cours marqua mon esprit à jamais, la théorie de la connaissance. Aujourd’hui ma thèse porte en grande partie sur ce thème. Longtemps quasiment absente en France, cette discipline revient en force avec une chaire au Collège de France et des cours dans les meilleures facultés. Il s’agit d’étudier comment la connaissance est construite : comment cherchons-nous la vérité ? Cette question est cruciale quand il s’agit de notre relation aux médias. Nous subissons vagues sur vagues de désinformation dès que les enjeux sont élevés. Comment s’y retrouver si l’on souhaite rester informer ?

Il faut d’abord voir la gravité de la désinformation médiatique. Quatre sources sont fondamentales dans la construction du savoir : la perception, l’intelligence, la mémoire et le témoignage. Si une d’entre elles est défaillante, notre rationalité tout entière l’est aussi. Notre rapport au réel devient vicié. Cela est relativement complexe à faire pour les trois premières sources, mais pour la quatrième, cela est à la portée de tous : la mensonge et le désinformation.

La place fondamentale du témoignage dans la rationnalité est une trouvaille relativement récente de la théorie de la connaissance. Longtemps on a pensé que pour savoir quelque chose il fallait simplement une preuve matérielle et un raisonnement logique solide. Mais en fait, pour la grande majorité de ce que nous savons, ce schéma est une vue de l’esprit. En réalité nous faisons tous confiance sur parole à certaines autorités (scientifiques, experts, ainés, etc), et pour à peu près tous les sujets, de la vie courante aux recherches les plus poussées. Nous ne pouvons échapper à cela. En science même, les experts sont obligés de se faire confiance l’un à l’autre pour assurer leurs résultats. Sans témoignages fiables d’un expert à l’autre, pas de science. La connaissance humaine est ainsi fondametalement fondée sur la confiance en la parole de l’autre. (Pour les anglophones qui voudraient approfondir le sujet, un excellent article : https://stanford.io/2CniLYH .)

Et c’est pour ceci que la désinformation médiatique est particulièrement grave : il s’agit en fait d’une manipulation de masse. On abuse de la vulnérabilité des personnes et de leur désir naturel de connaissance pour fausser leur appréhension du monde. Car où pourrions nous aller ailleurs qu’aux médias pour savoir ce qui se passe en Syrie ou aux Etats-Unis ? Nous n’avons pas d’autres sources pour vérifier et comparer. Ces professionnels sont censés chercher l’information sur place et avec une rigueur d’expert…

Si une réforme urgente de notre système médiatique est donc nécessaire, entre-temps la questions se pose, comment s’informer sans se laisser berner ? Car bien evidemment, quand les médias désinforment cela est souvent parce qu’il y a des enjeux économiques et politiques importants à la clé. On chercher à pacifier et orienter l’opinion pour qu’au minimum elle ne s’oppose pas trop aux projets des puissants, et surtout si ceux-ci vont contre le bien commun – c’est à dire avant tout celui du peuple. Voici quelques règles d’hygiène de l’information qui me servent bien :

– Tout d’abord, travaillez votre culture. Celle-ci ne doit pas être obligatoirement ce qu’on nomme la générale, mais il faut que vous ayez une culture approfondie en au moins un domaine. En il vaut mieux que ce soit un peu plus profond que le rap ou la guitare folk. Cela ancrera votre intelligence dans une partie du réel, et vous apprendra à y reconnaitre la vérité. Si l’on n’a pas cela, on est comme une feuille prête à être emportée par le premier discours entrainant. Cependant, avoir une connaissance au moins basique de l’histoire de votre pays et avoir lu au moins quelques grands classiques est essentiel.

– Quand vous lisez un sujet important, si vous sentez des traces de désinformation prenez cela au sérieux. Quand quelqu’un nous ment on le sent souvent au moins un peu. Il faut utiliser ses instincts. Sans devenir paranoïaque, si l’article semble flou sur un point clé, s’il ne permet pas de se faire une idée claire de la situation tout en nous poussant à porter un jugement, si le langage est faussement objectif et utilise une présentation biaisée, méfiez-vous. Alors il faut :

  1. Chercher une autre source d’information de qualité. Comparer la traitement d’un sujet du Figaro, du Monde et de Libération permet souvent de se faire une idée claire où se trouve la vérité. Et cela est devenu très facile à faire grâce à internet. Il peut être utile d’ajouter que la vérité n’est pas le traitement qui se conforme le plus à vos préjugés, mais bien celui qui présente le plus de signes d’impartialité.
  2. Si les journaux française vous déçoivent, la presse étrangère peut être une excellente ressource. Profitez de vos langues étrangères ! La BBC notamment est souvent utile, même si elle a ses propres faiblesses sur certains sujets.
  3. Si la presse mainstream tout entière dans vos langues ne semble pas digne de confiance (ce qui arrive malheureusement), les sources alternatives peuvent contenir de véritables informations. Mais il faut se méfier de celles-ci aussi. D’un, leurs journalistes manquent souvent de rigeur. Rapporter l’information est un véritable métier et ne s’improvise vraiment pas pour la plupart des gens. De deux, beaucoup de ces sites cherchent souvent à manipuler l’information aussi, RT et Breitbart tombant dans cette catégorie. Ces sites sont donc aussi à lire aussi avec un regard particulièrement critique, mais ils peuvent être essentiels sur certains sujets.
  4. Le blog http://www.les-crises.fr de critique des médias est souvent une excellente ressource pour comprendre la qualité de certaines informations qui nous arrivent.
  5. Et finalement, si on ne trouve rien, et c’est très important : *Accepter que l’on ne sait pas.* Il ne faut absolument pas prétendre avoir un avis sur tout. C’est non seulement orgueuilleux mais c’est la meilleure façon de se retrouver à croire des bêtises. Ayez un avis quand vous pensez avoir une bonne information et un jugement solide sur une question. Sinon dites « je ne sais pas. » Si un certain nombre de journalistes d’opinion appliquaient cette règle, la France en irait beaucoup mieux.

Pour insister sur ce dernier point, si vous n’avez pas d’information de qualité, il ne faut pas essayer de jouer au plus malin avec les médias. D’une manière ou d’une autre, vous allez vous faire berner. Quand on essaye de déconstruire un mensonge pour trouver la vérité derrière, la plupart du temps on se plante. L’article ou le reportage en question sera en train de vous dire une histoire, avec des points vrais et d’autres faux, mais vous ne serez pas en mesure de savoir lesquels sont lesquels. Acceptez-le.

Les tactiques de désinformation peuvent être très diverses. Il est rare, mais pas si rare que cela, que les journaux publient ouvertement un mensonge. Généralement la présentation sera plutôt sévèrement biaisée. Des faits d’importance capitale seronts omis. Par exemple, en Irlande il y a quelques années une femme était malheureusement morte après s’être vue refuser un avortement, ce qui avait été largement retransmis à l’époque. Mais très rares étaient les articles qui rapportaient le témoignage précis de ses médecins sur la situation : elle était décédée d’une infection et un avortement n’y aurait rien changé. La demande avait été une tentative désespérée de la part de sa famille de pouvoir agir sur son état de santé. Mais cela aurait été totalement inefficace. J’ai même vu cette fausse information partagée sur le Facebook d’un professeur au Collège de France : « regardez comme l’avortement est nécessaire ! » Après avoir fait le travail de recherche qui m’a permis d’apprendre ce qui s’était véritablement passé, ce qui m’a plutôt frappé c’est que de tels cas de décès sont si rares que les militants pro-avortement irlandais n’avaient que trouvé celui-là à diffuser aux médias (car c’était bien eux la source première qui avaient donnée l’information à la presse pour faire avancer leur cause…).

Un mensonge médiatique crée aussi un sentiment de peur chez les gens. On entend un mensonge proclamé sur tous les toits, et l’on pense qu’on est le seul à penser la vérité. En fait, la situation est généralement presque l’opposée. Les personnes qui gobent presque tous les mensonges médiatiques ne sont pas si nombreuses que cela, même s’il y en a pas mal. En réalité nous sommes plutôt dans les 80% à se dire « Tout le monde croit cela ? Mais pourtant ça ne semble vraiment pas juste… » Arrêtez de vous inquiéter de cela ! Vous êtes en train de vous faire manipuler. Et si quand vous dites la vérité sur un sujet difficile on vous répond agressivement avec un mensonge médiatique, ne vous laissez pas intimider. Demandez à la personne de débattre avec vous, et si elle a vraiment tort, essayez de la libérer de cette emprise. Ce sera lui faire un bien immense.

J’espère que ces quelques éléments seront utiles. Pour moi ils l’ont vraiment été. Arrêtez de vous faire intimider, on vous ment et on vous manipule souvent. Arrêtez de donner ce pouvoir à ces gens. Mais ne tombez pas dans la paranoia non plus. Les théories conspirationistes sont vraiment on ne peut plus moches et une déformation grave de l’intelligence humaine. Dites simplement « Je ne sais pas. Le journal TV dit cela, mais je ne lui fais pas confiance, donc je n’ai pas d’avis sur la question. » Vous n’êtes pas obligés de penser que Poutine est un méchant, ou Bachar Al Assad, ou Donald Trump, etc. Vous le pouvez si cela vous semble vrai – et il y a des raisons de le penser même s’il faudrait sortir du registre contreproductif et pueril de la démonisation pour y réfléchir. Mais ne le pensez pas parce qu’on vous l’impose, ou parce que c’est ce que « tout le monde semble penser. » Cultivez votre esprit, soyez rigoureux, cherchez ce qui est bien, et honnêtement, tournez vous vers le Seigneur dans la prière et implorez : « Esprit de Vérité, ne me laisse pas tomber sous l’emprise du mensonge ! » Nous vivons dans une telle vallée d’ombres que sans une aide spéciale, même la personne la plus avertie peut trop facilement se faire avoir alors qu’elle pense être en totale maîtrise de la situation. Courage !

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