Ma journée avec les Gilets jaunes

Sans titre (7)

Le samedi 1er décembre, après la messe canoniale, entre sexte et vêpres, je me rendis aux Champs Elysées et place de l’Etoile pour essayer de voir et comprendre la manifestation des Gilets jaunes, que les médias déformaient très clairement. Chapelet à la main, je priais pour ceux présent, les forces de l’ordre, les manifestants, les grands enjeux qui allaient se jouer ce jour là. En route, certaines stations de la ligne 9 sautaient à mon regard à la manière de signes, « Bonne Nouvelle », « Saint Augustin », « Saint Philippe du Roule »… Vous tous les saints du ciel, priez pour nous !

« N’ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Jamais ils n’invoquent le Seigneur. »

Souvent dans la prière au chœur avec ma communauté ce verset me touche quand il passe mes lèvres, quand il s’élève vers le Très Haut par les voix consacrées de mes frères et sœurs. Cela semble tellement décrire ce que nous vivons… Non seulement nous avons fait passer des populations de l’autre bout du monde d’une vie agraire pauvre mais humaine, à l’écrasante misère de la modernité industrielle – pour que nous puissions porter des Nikes et avoir des téléphones à bas prix – mais ce même schéma revient de plus en plus dans notre propre pays. Dans toute la France il y a des personnes qui n’arrivent pas à finir les fins de mois, qui vont fouiller dans les poubelles des quartiers riches et chercher dans les détritus après les marchés si on n’a pas laissé quelques carottes ou pommes de terre qu’elles pourraient mettre dans leur soupe…

« N’ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Jamais ils n’invoquent le Seigneur. »

Blog photo 1

Arrivé sur place à 13h, je fis d’abord un tour des Champs Elysées. « Ave Maria gratia plena, Dominus tecum… » Je regardais les visages, les groupes et les bouts de foules en « méditant toutes ces choses en mon cœur ». Seigneur qu’il ne leur arrive rien de mal ! Seigneur que leur cri soit entendu ! Le tour fini, l’impression était celle que je garde encore aujourd’hui du mouvement : des personnes de tous horizons, tous bords politiques, en majorité provinciaux, surtout entre 35 et 65 ans et pacifiques. A ce moment la plupart des gens avaient l’air perdus. Y-a-t-il une manifestation ? Où est-elle ? Un groupe de quelques centaines de personnes organisa un cortège avec une banderole et aux cris de « Macron démission ! » Tous attendaient que cela commence que ça prenne forme. A 13h30 je filmais une video d’analyse en me rendant place de l’Etoile, que vous trouverez en bas de cet article.

La place de l’Etoile était une toute autre affaire. Mais de manière étonnante, contrairement à ce qui avait été le cas pour les Champs, on ne me fouilla pas pour y rentrer. Il y avait juste une ligne de CRS à passer et qui ne nous disaient rien. Pas d’interdiction, d’avertissement ou de conseils. De l’autre côté il y avait un ensemble hétérogène de Gilets jaunes, avec des groupes de casseurs lourdement équipés ici et là qu’on reconnaissaient à leurs casques, masques respiratoires en plastique dur, protections, organisation en groupes… Il y avait aussi quelques touristes éparpillés qui prenaient des photos. De l’autre côté de l’Arc on pouvait deviner un conflit entre les casseurs et les CRS dans une brume grise et les bruits de cris et explosions. La fumée des lacrymogènes remplissait l’air au dessus de nous. De temps en temps un bruit immense de grenade assourdissante faisait comme trembler tout l’espace. La majorité des personnes sur la place cherchaient clairement à manifester paisiblement.

Mais c’est là où je commençai à voir des choses choquantes… Je vis une colonne de CRS charger sur les manifestants autour et sous l’Arc de Triomphe, qui ne faisaient rien à personne. Ceux-ci s’écartèrent pour éviter le choc, et ensuite la colonne recula à sa place initiale aux abords de la place. Manœuvre d’intimidation. A ma gauche un CRS visait son fusil à cartouches lacrymogènes sur cette même foule pacifique, la plupart d’entre eux étant d’ailleurs de dos à ce moment là, et ceux-ci essayèrent de s’échapper des nuages qui se formaient à leurs pieds avant qu’ils ne viennent brûler leurs yeux et leurs voies respiratoires. Et ce manège continuait… A quoi jouait la police ? A ce moment-là je fis une petite vidéo d’analyse :

De plus en plus étrange… A ce moment je restais un peu à cet endroit en attendant quoi faire pour la suite. Je pris quelques photos en plus.

Blog photo 2Blog photo 3

Beaucoup de personnes avaient des masques comme ci-dessous. Au début je les pris pour des casseurs, mais me rendis rapidement compte que c’était des manifestants habitués, dans l’immense majorité pacifiques, mais qui connaissaient les tactiques de CRS. Cela évite de se faire bruler les yeux. En revanche, juste derrière moi il y avait un groupe qui avait un profil bien plus dur et un équipement bien plus menaçant, et qui se préparaient visiblement à la castagne. Et les CRS étaient juste à côté, ne réagissant pas et visiblement concentrés sur la foule du milieu en majorité pacifique…

Blog photo 4

Blog photo 5

Dans l’ensemble, à ce moment là, l’atmosphère était tendue, mais pas à l’excès. Il y avait encore des personnes agées, des touristes, et même des familles qui gardaient un peu leur distance en observant. Ce clip en donne une petite idée :

« Ave Maria gratia plena, Dominus tecum… » Je restai sur place encore une bonne demi-heure, avant d’aller marcher dans le quartier. Je vis des choses sur-réelles, dont la plus surprenante fut une Porsche blanche de luxe sur son toit, en plein milieu d’une petite rue à côté d’un abri-bus pulvérisé.  Je n’ai pas pris de photos. Nos yeux ne sont pas faits pour voir le mal et les produits de la haine. Il ne faut les regarder qu’avec prudence, et encore, pas trop, au risque que nous devenions aveugle au Beau et à l’Amour.

Ce fut ensuite l’occasion joyeuse de retrouver un ami que je n’avais pas vu depuis un certain nombre d’années. Il avait rejoint quelques cousins et connaissances qui étaient montés de la Charente ce matin en voiture pour manifester. Ils étaient en jaune. Ils venaient de prendre leur repas et s’apprêtaient à retourner manifester. Le matin déjà ils avaient été là, au tout début, et me firent un témoignage des plus désolants. Ils décrivirent une foule provinciale et de tous horizons en majorité pacifique, comme je l’avais vue aux Champs avant d’aller à l’Etoile. Ils décrivirent les CRS qui prirent d’assaut cette même foule à coup de gaz lacrymogènes et de charges, les hommes, les femmes, les personnes âgées. En fait, ce qui m’avait surpris en allant place de l’Etoile semblait être la continuation d’une même stratégie : ne pas laisser une manifestation pacifique se former. Les conflits plus lourds que j’avais vus n’avaient pas encore commencés à ce moment-là – les casseurs ne sont pas du genre lève-tôt.

Cet ami est quelqu’un qui s’occupe des enfants maltraités, il est quelqu’un au cœur bon, venu manifester pacifiquement pour ses droits. Je le crois évidemment, et je crois aussi tout simplement mes yeux, et les nombreux témoignages vidéos viennent confirmer quelles étaient les directives que les CRS parisiens avaient reçus vis à vis de la foule pacifique :

Par exemple :

Et encore :

C’était lamentable et choquant, et nous n’avions encore rien vu. De retour près de la place de l’Etoile vers 15h30, nous retrouvâmes une véritable zone de guerre. La fumée noire des véhicules brulés remplissait l’air des avenues, ainsi que celle, grise, des gaz lacrymogènes. Une confusion absolue régnait. Les gilets jaunes étaient bien décidés à rester manifester place de l’Etoile, mais cette fois les CRS en empêchaient l’accès. Ils chargeaient maintenant tout le monde qui étaient simplement présents aux alentours de la place. Si on voulait manifester, c’est à dire simplement rester sur les lieux, il fallait éviter les tirs de gaz lacrymogènes, les charges et les canons à eau.

« Vous ne passerez pas. » Ce un très beau moment où le Gilets jaunes ne se laissèrent pas intimider et ne partirent pas, en risquant leur santé, voir leur vie tellement la violence était terrifiante. Evidemment, les casseurs profitèrent de cette situation de blocage pour tout détruire : j’ai vu plusieurs banques totalement défoncées, une grue en flammes (!), plusieurs voitures détruites, des façades saccagées… A ce moment là, il était clair que soit j’affirmais ma solidarité au mouvement, soit je rentrais chez moi. Je suis resté.

Vers 16h30, après un peu moins d’une heure dans cette situation folle et devant ce spectacle peu édifiant, je me mis en route pour la prière des vêpres de ma communauté. « Il ne dort ni ne sommeille le gardien d’Israël. » Mon ami a finalement réussi à passer jusqu’à l’Arc de Triomphe pour rejoindre la manifestation principale. Le soir même, lui demandant par sms si les gens de son groupe allaient bien, il m’écrivit : « Oui. Mais le décor plus loin était apocalyptique. » J’ai du mal à imagine ce qu’il a vu, car j’aurais très bien pu employer ce même adjectif pour décrire ce que nous avions vu ensemble…

« Ave Maria gratia plena Dominus tecum… »

En rentrant j’ai du sprinter pour éviter une charge de CRS qui venait d’une rue de côté. Je marchais jusqu’au métro, « Ave Maria gratia plena, Dominus tecum… ». Arrivé à la Paroisse Sainte Claire, je me mis en aube devant le Saint Sacrement exposé. « N’ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Jamais ils n’invoquent le Seigneur. » Je demandai au Seigneur de purifier mon cœur, d’empêcher que la haine s’y installe, la colère, que je puisse m’abandonner à sa volonté mystérieuse qui traverse tous les évènements de l’histoire pour les emmener à la Parousie. Leur sens nous dépasse de tellement loin, mais « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » On ne peut que s’abandonner, prier, aimer, récupérer la force pour se battre et se battre, sans rendre le mal pour le mal, en tournant l’autre joue, mais ne jamais se laisser abattre, ne jamais reculer devant l’injustice. Plutôt mourrir que devenir complice de cela.

Le lendemain, après les laudes, je trouvai ce qu’il me fallait pour récupérer la paix : pardonner. Je pardonnai les CRS, ceux qui ont donné les ordres, le gouvernement, les médias qui ont participé à la désinformation, les casseurs… Je les pardonne tous, et je les aime. Ils sont pris dans le système dont j’ai été libéré par Jésus. « Je veux le libérer, le glorifier ; de longs jours, je veux le rassasier, et je ferai qu’il voie mon salut.  » Je veux qu’ils soient libre aussi ! Comme je le désire, comme Dieu les aime ! Ce système dans lequel ils essayent de se faire un abri, de construire leur vie, est la bouche de Satan. Ils y seront broyés s’ils y restent. « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux. »

Aujourd’hui, je suis bien décidé à dire ce que j’ai vu, à élever ma voix en défense de ce mouvement des Gilets jaunes que je soutiens maintenant complètement. Il est complexe et difficile à comprendre, mais il est dans le vrai et le juste. Peut-être que j’écrirai une prochaine entrée ici sur pourquoi c’est le cas. Mais pour l’instant, essayons de nous libérer de la désinformation qui cherche à saper nos forces vitales en nous embrouillant l’esprit, et tournons nous vers Marie : « Ave Maria, gratia plena Dominus tecum… ».

Voici une vidéo d’analyse que j’ai fait à chaud, vers 13h30 ce samedi là sur les Champs Elysées. Avec le recul et même avec ce que j’ai vu après, je pense qu’elle est toujours bonne. Je vous prie d’excuser mes légers bégaiements, et c’était aussi la toute première fois que je parlais ainsi devant une caméra, mais le fond de l’analyse en vaut la peine il me semble.

Sans titre (8)

 

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s