Qu’est-ce que la nouvelle Pentecôte ?

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Saint Jean XXIII ouvrit le Concile Vatican II en demandant au Seigneur une « nouvelle Pentecôte. » Parmi ceux ayant atteint les sommets de la vie spirituelle, il n’était pas le seul à croire à ce nouvel envahissement de l’Esprit Saint dans l’Eglise. La vénérable Marthe Robin y croyait dur comme fer, ainsi qu’un bon nombre d’autres mystiques des derniers siècles… Mais qu’en est-il ? Est-elle là ? Etonnamment, alors que des cardinaux éminents, et même des papes parlent en des termes on ne peut plus sombre de la situation actuelle de la foi dans le monde, et non sans raison, la réponse est un très fort et très clair oui, cela a commencé. 

« Prophétise, fils d’homme. Dis à l’esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! »

Il est bon de se souvenir que la première Pentecôte arriva après le Vendredi saint, puisant sa source dans le côté droit du Fils de Dieu torturé et massacré, et que la plupart de ceux à qui elle fut destinée la refusèrent, s’étant d’ailleurs déjà tellement isolée de la nouvelle venue de Dieu qu’ils en ignorèrent jusqu’à l’existence… La Pentecôte surgit quand les choses sont au plus sombre, quand tout est désespéré.

« La main du Seigneur se posa sur moi, par son esprit il m’emporta et me déposa au milieu d’une vallée ; elle était pleine d’ossements. Il me fit circuler parmi eux ; le sol de la vallée en était couvert, et ils étaient tout à fait desséchés. »

Nos prophètes contemporains, qu’ils s’appellent Sarah, Robin, Ratzinger ou Wojtyla, pourraient donc tout à fait tous avoir vu juste. Et ils ont vu juste. Dans la passion de l’Eglise est donné un nouveau don de l’Esprit, qui la mènera, tôt ou tard, à sa résurrection, et une résurrection telle qu’il y en a pas encore eu dans l’histoire.

« Je prophétisai, comme il m’en avait donné l’ordre, et l’esprit entra en eux ; ils revinrent à la vie, et ils se dressèrent sur leurs pieds : c’était une armée immense ! »

Ce qu’il y a de plus étonnant, est que la majorité de ceux qui ont reçu les prémisses de ce renouveau s’en rendent à peine compte, voir pas du tout. Les choses ont à peine commencés. Quelle joie pour ceux qui peuvent entrevoir cet avenir et qui auront le courage de traverser l’épreuve !

Voulez-vous participer à cette Pentecôte nouvelle ? Voulez-vous recevoir l’Esprit Saint comme les premiers chrétiens l’ont reçu ? Voulez-vous être de ceux qui vont faire revivre l’Eglise dans notre société quasi-paganisée, comme autant de martyrs et de charismatiques de l’Eglise primitive ? Etes-vous prêts à ce que l’on dise de vous : « Ils sont pleins de vin doux ! » Etes-vous prêts à être des « fous à cause du Christ ? » Etes-vous prêts à vivre de la « paix de Dieu, qui surpasse tout entendement ? » A quitter « des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre » pour Jésus, à tout lui donner ? Que ce serait beau que tant répondent à l’appel ! Il est offert à tous les baptisés, ceux qui croient en Jésus. Et c’est si simple…

Dites au Seigneur : « Oui Jésus, je me donne à toi, tout entier, mon âme, mon corps, mon esprit, mes biens, mes projets, mes relations. Tout est à toi. Tu le Seigneur et il n’y a pas d’autres dieux devant toi. Je veux vivre de ta nouvelle Pentecôte. Je le désire ardemment. Donne-moi s’il te plait d’en vivre, de la recevoir. Amen. » Dites-le souvent, et avec vos propres mots. Le Seigneur ne tardera pas à répondre, juste le temps que vous soyez prêts en tout cas.

Cela va vous étonner à quel point nous sommes aveugles… Il y a eu des livres écrits sur ceci, même par des théologiens reconnus, des cardinaux ! Mais comme la première Pentecôte, peu répondront à l’appel, du moins au début. Mais ce seront eux, qui, tôt ou tard, entraineront les autres à leur suite, et puis le monde entier.

Pour ceux qui voudraient approfondir le sujet un peu (ne soyez pas idiots, faites-le !), voici des bons ouvrages :

Comme une nouvelle Pentecôte, de Patti Gallagher. Un témoignage du groupe des premiers catholiques à avoir reçu la nouvelle Effusion.

Pour les plus intellectuels, l’Effusion de l’Esprit Saint, écrit par un groupe de théologiens travaillant proche des autorités Vaticanes.

Renouvelle tes merveilles, de Damien Stayne, avec une préface du Cardinal Turkson. Ce livre enseigne comment vivre un des fruits les plus merveilleux de la Pentecôte, ancienne comme nouvelle, l’exercice de charismes.

Cet ouvrage, propose même un guide pour demander l’Effusion, qui peut s’avérer utile.

Le Pape François a fondé cette année une organisation à Rome, CHARIS, pour aider la Pentecôte nouvelle à se diffuser. Il leur a donné pour mission il y a à peine quelques mois :

« Que ce mouvement partage le baptême dans l’Esprit avec tout le monde dans l’Eglise. C’est la grâce que vous avez reçue. Partagez-la! »

Et le Pape Benoit XVI déjà, en 2008, exhortait l’Eglise :

« Aujourd’hui, je voudrais étendre cette invitation à tous : chers frères et sœurs, redécouvrons la beauté d’être baptisés dans l’Esprit Saint. »

Que nous sommes lents à comprendre !

 « Cette promesse vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. »

Des communautés nouvelles telles que l’Emmanuel ou les Béatitudes proposent régulièrement des parcours pour se préparer à demander l’Effusion de l’Esprit Saint au Seigneur. Si peu se rendent compte qu’ils participent déjà, ainsi, à la Pentecôte nouvelle ! Que ce don inouï que Dieu fait à l’Eglise porte des immenses fruits de sainteté et de salut. Nous avons à peine commencés à comprendre le plan de Dieu sur nous ! Ne perdons pas une minute de temps.

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Tout est religieux

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Il est difficile de définir la religion. Qu’est-ce ? L’on pense en effet, trop souvent, savoir de quoi il s’agit, d’ailleurs pour mieux l’écarter quand elle nous dérange. Cela est toujours pure illusion. On est pas religieux ou non ; on l’est en bien ou on l’est en mal. En d’autres termes, chez l’homme, tout est religieux.

Comment ça ?! Certes, la religion est difficile à définir, mais on voit à peu près de quoi il s’agit. Il y a presque toujours des bâtiments, des rites, des habits, un rapport au sacré, des enseignements qui cherchent à répondre aux questions les plus profondes qui peuvent monter au cœur de l’homme, une morale, des fêtes communautaires, des traditions qui touchent à ce qu’il y a d’important dans nos vies… En fait, quand on fait la liste, les religions semblent vraiment se manifester dans tous les aspects principaux, essentiels, de la vie humaine… Mais de là à dire que tout est religieux… Et que penser de nos sociétés sécularisés ?

Pour l’homme, tout est religieux. On est pas religieux ou non ; on l’est bien ou on l’est mal. La société sécularisée l’est mal, très mal. Selon une magnifique définition du Père Bouyer, la religion est « ce qui entraine une harmonisation de l’individu et de la société, voire de la société humaine et du cosmos dans son ensemble. » (Le Père Invisible, 1976, p. 11) Ainsi, toutes nos activités par lesquelles, inconsciemment ou consciemment, nous tendons à être en harmonie avec nous-même, nos frères et sœurs humains, le cosmos, et Dieu lui-même, sont religieuses. Or toute activité humaine sera profondément marquée, positivement ou négativement, par un tel souci. Dans une vie pleinement heureuse, la dimension religieuse sera belle et épanouie. Dans une vie malheureuse, elle sera, d’une manière ou d’une autre, difforme, estropiée. Que serait un homme dont la vie ne serait que conflit et isolement ?

Voilà pourquoi la société sécularisée tend à l’atomisation, à l’hyper-individualisation, en une dissolution des formes des vies communes, et même en une destruction quasiment délibérée de la nature… Toutes les structures visibles et institutionnelles qui portent la religion sont écartées. Lieux de culte, habits, symboles, termes, théologies, saintes écritures, prières, fêtes communautaires… la sécularisation, par définition, écarte tout cela. Mais quelle naïveté de penser changer le fond en masquant la forme ! Un organisme amputé continue de vivre, et bien mal d’ailleurs… Même sans les repères visibles, structurants, tous les besoins religieux de l’homme, si profonds, si essentiels, restent en place. Toutes les réalités, si vitales, que la religion harmonisait doivent en effet toujours l’être. La vraie société sécularisée, pleinement sécularisée, est une société sans vie humaine, faite de robots qui n’échangent pas et qui n’ont d’humain qu’une intense, écrasante, solitude dont ils s’admettent à peine à eux-mêmes l’existence, mais qui leur enlève, peu à peu, mais inévitablement, et rapidement d’ailleurs, toute envie de poursuivre leur existence.

La fausse société sécularisée, celle créée par les soi-disante Lumières et qui domine encore aujourd’hui, propose simplement une contre-religion. A travers l’histoire d’ailleurs on peut remarquer que les mouvements de sécularisation sont généralement marqués par un fort retour de la superstition et des pratiques magiques. La Renaissance a vu une explosion de l’occultisme sous toutes ses formes, le XVIIIe siècle des Lumières et le positiviste XIXe de même…

Mais plus profondément, les mouvements de sécularisation ont généralement cherché un succédané de religion, sans les symboles visibles, dans des projets politiques, généralement avec des résultats catastrophiques. Au XIXe siècle, Michelet exaltait le destin transcendant de l’Etat-nation de la France, Hegel celui l’Allemagne, et ensuite les pays se livrèrent au plus grand jeu de massacre de l’histoire, pendant presque un siècle. Par la suite, dégoutés des fruits terribles de la mythologie politique nationaliste, l’on se tourna au siècle suivant, avec non moins de ferveur et d’effusion de sang, dans la folie du mythe politique internationaliste communiste. Les hébreux anciens se détournaient du Dieu Un pour offrir des sacrifices humains aux Baals et aux Molochs. Les hommes sécularisés, dits modernes, ont fait de même. Pour l’homme, tout est religieux. On est pas religieux ou non ; on l’est bien ou on l’est mal.

Toute activité humaine est religieuse, car elle est structurellement déterminée par notre rapport au sacré. Qu’est-ce notre rapport vivant, vécu au sacré ? Et puis, qu’est-ce notre rapport symbolique, mythologique et conceptuel au sacré ? Quelles réalités font la médiation entre nous et lui ? Cela structurera toute notre existence, jusqu’au moindre de nos actes, mêmes inconscients. Au fond, seul le sacré nous motive, lui seul est désirable, et ce n’est que Lui que nous cherchons en tout. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » Si nous nous trompons sur cette question si fondamentale, si nous prenons comme Sacré des idéaux ou réalités politiques, idéologiques, économiques ou mêmes humaines, toute notre vie en sera marquée des cruelles conséquences. Nous deviendrons des fanatiques, nous sacrifierons ce qui a de la valeur, pour ce qui n’est qu’illusion et vanité. Nous pourrions-même aller jusqu’à tuer notre frère.

Quelles voies s’offrent à l’homme ? Il peut véritablement continuer à se séculariser, et le faire jusqu’en ses profondeurs intimes, et alors il s’auto-détruira, en tant qu’homme mais probablement aussi tout court. Aussi, après le nationalisme et le communisme, il pourrait s’engouffrer dans un nouveau projet messianique, porteur de nouvelles utopies illusoires et d’enfers terrestres eux bien réels. Mais il pourrait aussi tourner ses facultés, son intelligence, son cœur, son désir de connaissance, d’amour, vers le sacré à nouveau, pour chercher les voies de la véritable communion avec lui. Cela lui est aussi ouvert. « Cherchez, et vous trouverez ; frappez, et on vous ouvrira. » Voilà le chemin de la vie. Saurons-nous le prendre ?

Une prophétie circule depuis un certain nombre de décennies… « Le vingt-et-unième siècle sera religieux ou ne sera pas. » L’avenir est entre nos mains. Que le Seigneur nous prenne en pitié, et qu’il nous éclaire !

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Latin or not latin ?

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– « Dominus vobiscum. »

– « Et cum spiritu tuo. »

Ces petites phrases ont ouvert pendant plus de quinze siècles les rites de la messe, pour soudain quasiment disparaître, subitement, en 1970. Pourquoi ? Il ne fallait plus utiliser le latin, langue sacrée de l’Eglise, ou du moins cela s’est cru très largement…  » Le Seigneur soit avec vous » devait convenir aux français, « Il Signore sia con voi » aux italiens, etc. Et en soi, il ne semble pas possible de dire que prier la messe en langue vernaculaire soit un mal. Mais il y a tout de même quelque chose de relativement gênant dans ce changement éclair et total, pour quelque chose de si ancien et de sacré… Où se trouve la vérité ? Tout latin ou tout français ? Aucun des deux ?

« L’usage de la langue latine, sauf droit particulier, sera conservé dans les rites latins. » Aïe, le malaise s’approfondit… Cette phrase vient de la Constitution sur la sainte liturgie du concile Vatican II, § 36 article 1. « Conserver » a un sens explicite. Le latin ne doit pas disparaître. Une partie de nos prières au moins, à la messe, doivent être dites en langue sacrée. Mais qu’en est-il des langues dites vernaculaires ? Le concile ne les a-t-il pas demandé aussi ?

Prolongeons la lecture, à l’article 2 de ce paragraphe : « l’emploi de la langue du pays peut être souvent très utile pour le peuple ; on pourra donc lui accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions, dans un certain nombre de prières et de chants. » La malaise cède maintenant la place à une confusion, un peu plus légère tout de même … L’Eglise demande donc bien l’usage des langues locales, mais de manière limitée, par exemple pour les lectures et les monitions. En effet, il y a quelque chose d’un peu étrange dans la proclamation d’un texte biblique à une assemblée qui n’y comprend mot, même si lors de très grandes occasions cela peut prendre sens (car le tout premier à qui la proclamation est dirigée est Dieu le Père, et non les fidèles, ce qui mérite donc la plus grande solennité et la langue sacrée).

Deux principes semblent entrer en jeu, et l’on ne peut se permettre d’ignorer l’un ou l’autre sous peine de trahir une dimension essentielle de la vie spirituelle. Tout d’abord, la liturgie est « l’œuvre commune de l’Esprit Saint et de l’Église » (CEC 1091), et dans les différents rites, le Seigneur a clairement choisi des langues sacrées. Le latin pour le rite romain, le grec ancien pour le rite byzantin, l’araméen pour le rite chaldéen, etc. Cette langue fait partie de l’héritage sacré de chaque rite et doit donc être conservé comme un trésor. « L’usage de la langue latine […] sera conservé dans les rites latins. » Cela prend tout son sens.

Mais un deuxième principe entre en compte, non moins important. « L’Esprit Saint rappelle à l’assemblée liturgique le sens de l’événement du salut en donnant vie à la Parole de Dieu qui est annoncée pour être reçue et vécue. » (CEC 1100) La parole de Dieu est proclamée dans la liturgie pour être méditée et contemplée par les fidèles, pour qu’unie à leur prière, elle devienne, en eux et avec eux, une offrande vivante au Père. Les lectures, profondément entendues et priées, nous donnent le Christ et nous associent au mouvement le plus profond de sa vie divine. Elles doivent donc être comprises par les fidèles. L’on comprend mieux la prescription du Concile : « on pourra donc lui [la langue du pays] accorder une plus large place, surtout dans les lectures et les monitions. » 

Ainsi, la liturgie, pour être vécue dans la pleine vérité, doit toujours intégrer la dimension héritée et sacrée des rites, avec la finalité de sanctifier, dans l’Amour, les fidèles qui y assistent, et donc les leur rendre accessible. La Concile formule ainsi ce principe, au § 23 : « On ne fera des innovations que si l’utilité de l’Église les exige vraiment et certainement, et après s’être bien assuré que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organique. »

Alors latin or not latin, pour reprendre le titre du livre de Guillaume Tabard ? Comment satisfaire la double exigence ? Comme pour beaucoup de choses sur la liturgie, et pas que, le Père Louis Bouyer, immense théologien du XXème siècle, semble avoir formulé la réponse il y a bien longtemps :

« Il est extrêmement frappant de voir que le Orientaux orthodoxes qui ont toujours largement utilisé la langue vulgaire, ont le souci […] que le clergé au moins et les fidèles les plus formés connaissent le grec. En Russie, dans les séminaires […], on a soin de célébrer fréquemment la liturgie, au moins ses prières essentielles, en grec et de rendre ainsi tous les prêtres russes capables de le lire et de le comprendre à l’occasion. Il est absurde de pratiquer comme on le fait une politique du tout ou rien : ou tout langue vulgaire, ou tout en langue ancienne et traditionnelle. » (Le métier de Théologien, 1979, p. 68)

En effet, nous invitant à regarder à l’Orient, où le respect des Traditions sacrées est très fort tout en n’ayant pas, au moins aujourd’hui, des crispations sur la question de la langue, le P. Bouyer nous invite à ce que l’on ne peut appeler autrement que le bon sens spirituel : la langue sacrée doit être utilisée par degrés, ou par doses si l’on veut, selon les contextes. Dans un séminaire ou un monastère, on l’utilisera de manière maximale, alors que dans une paroisse, on veillera à l’inclure dans la mesure où cela élève, et ne gène donc pas, la participation spirituelle des fidèles à la prière.

Accessibilité ne rime d’ailleurs pas toujours avec langue vernaculaire. La signification de « Sanctus, sanctus, sanctus, Dominus Deus Sabaoth » peut être expliqué en moins d’une minute à un fidèle, et de même, le concile demande qu’on « veillera cependant à ce que les fidèles puissent dire ou chanter ensemble, en langue latine, aussi les parties de l’ordinaire de la messe qui leur reviennent. » (§ 54) Comme le dit un autre enseignement de l’Eglise (ici au § 41), ceci concerne notamment l’ordinaire de la messe (Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus Dei), le Credo et le Notre Père. La langue sacrée fait partie de notre patrimoine commun, et doit, le plus possible, enrichir la vie de tous les fidèles.

Il est intéressant de voir aujourd’hui que dans les paroisses, comme naturellement, l’on voit le latin revenir dans l’ordinaire. Kyrie eleison est presque devenu aussi courant que Seigneur prend pitié, et de même pour Sanctus, sanctus, sanctus, etc. Et entendre un Credo chanté en latin à une grande fête, par cœur par la majeure partie de l’assemblée, est aussi de moins en moins rare. En effet, on apprend à nouveau ce qui a pu paraître evident à d’autres générations : la langue sacrée nous aide souvent à entrer dans la prière en profondeur bien plus aisément. La liturgie est véritablement « l’œuvre commune de l’Esprit Saint et de l’Église, » et le Seigneur nous guide tout doucement, par mille biais tout aussi discrets qu’efficaces, sur le chemin qu’il nous a indiqué il y a plus de cinquante ans au Concile Vatican II. Soyons-lui dociles ! Heureux celui qui se laisse guider par le Très haut. Il recevra des merveilles qui dépassent très largement ce qu’il peut imaginer. Dominus vobiscum.

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Le progrès spirituel

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« Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait. » Soit. Mais comment faire? Nous sommes de pauvres pécheurs… Comme obéir à cette injonction à la perfection? Comment avancer vers la sainteté ?

Le Seigneur ne nous laisse jamais seul dans notre vie spirituelle. Il nous donne, tôt ou tard, ce dont nous avons besoin, ce dont nous cherchons. « Demandez, et vous recevrez. » Mais le plus souvent il le donne par d’autres. Le Seigneur est venu lui-même former ses apôtres, piliers de l’Eglise, ainsi que de nombreux autres disciples-missionnaires, comme les 70. Ils se sont ensuite éparpillés, peu à peu, dans le monde entier, pour transmettre cette connaissance, pour donner cet accompagnement, vital pour avancer vers Dieu, vers la perfection.

L’Eglise est experte en humanité disait St. Paul VI. Elle l’est aussi en sainteté. Il y a un chemin spirituel pour aller vers Dieu. Il se décline d’une infinité de manières, selon les myriades d’âmes différentes, selon la relation unique que chacun tisse avec Dieu, mais il s’agit bien aussi d’un même chemin. « Elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie. » Comment le trouver ? Comment suivre Jésus, sans tomber, dans la « vallée de la mort » ?

« Restez éveillés et priez en tout temps. » Exigeant ce commandement ! Impossible même à suivre pour un débutant, mais l’on a pas le droit de le laisser de côté. Si l’on n’a pas encore reçu le don de l’oraison perpétuelle et de la vigilance parfaite du cœur, l’on doit tout de moins faire ce qui est à notre portée. Moins que cela serait laisser la Parole de Dieu de côté et se vouer aux ténèbres… Un très grand saint, Alphonse de Liguori, cité par le Catéchisme de l’Eglise Catholique, §2744, a dit :

« Qui prie, se sauve certainement ; qui ne prie pas se damne certainement. »

Ne nous laissons pas avoir par le choc que peut provoquer cet enseignement, nous laissant voler par-là la vérité si importante qu’elle porte. Pour être chrétien, il faut prier, et il le faut le plus possible. Il n’y a rien de plus important. Si ce n’est que 5 minute par jour, au début, faisons-le. C’est cela que Dieu nous demande alors. Le refuser serait terrible… Impossible, en effet, d’être chrétien plus profondément qu’un simple vernis sans un cœur à cœur, le plus continuel possible, avec le Seigneur.

Les saints sont unanimes pour dire que cela commence par un temps quotidien, mis à part, consacré, pour le Seigneur. Si nous suivons sainte Thérèse d’Avila, un quart d’heure est le grand minimum pour qui n’est pas un débutant complet. Une demi-heure, voir une heure sont plus raisonnables pour une personne qui chemine et lutte depuis plusieurs années. En 2018, le français passaient en moyenne 3h42 par jour devant la télévision. Nous avons le temps pour 5, 20 ou 60 minutes données au Seigneur… et oui, nous raterons notre vie si nous ne le prenons pas. Et quelles joies attendent ceux qui persévèrent ainsi !

Revenons à la vigilance du cœur. Un chrétien doit lutter contre le péché, auquel tout homme se sent attiré comme par un aimant, dans la partie la plus superficielle de son être… Celui qui aime Dieu lutte contre ce penchant, et il luttera toute sa vie. Quelle gloire l’attend s’il persévère, quelle joie et quel bonheur, dès ce monde ! Le péché est toujours mensonge. Il mène à la mort, la souffrance, le désespoir. Il nous coupe de ce qui est élevé, en premier lieu, de Dieu : « Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité. » Mais ne nous laissons pas impressionner ! L’enseignement quasi-constant des saints est que celui qui sur le chemin de la sainteté est celui qui se relève le plus vite de son péché, qui demande pardon quasi-instantanément, et qui va se confesser à la première opportunité si le péché est grave. Celui-là deviendra saint, et bien plus vite que celui pense ne jamais faire le mal et ne sentirait pas le besoin de se repentir… Tout désespoir vient du démon. Relevez-vous, faites pénitence, et n’y pensez plus. Vous êtes pécheur oui, mais enfant de Dieu d’abord. Il a pris sur lui vos péchés.

Qu’est le cœur de la sainteté ? Est-ce si difficile à trouver ?

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »

L’Amour ! Le saint est celui qui Aime, de l’amour même de Dieu. « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. » Le saint aime de l’Amour même de Dieu, qui est venu habiter en lui, et qu’il diffuse dans un rayonnement d’Eau vive dans ses relations avec les autres… Il puise justement cet Amour dans sa prière, et dans sa fidélité à la Parole de Dieu. « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera; nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui. » Celui qui garde la Parole de Dieu, qui prie, qui lutte contre le péché, qui aime, alors Dieu lui-même vient vivre en son âme. Nous sommes Temples de l’Esprit de Dieu, si nous gardons sa Parole. Et cela est une promesse bien plus qu’un avertissement.

Celui qui commence ainsi, et continue, deviendra saint. Mais, comment prier ? Comment trouver les conseils concrets dont nous avons tant besoin, si souvent? Comment progresser dans la vertu, dans le combat spirituel ? Comment comprendre les Saintes Ecritures, et l’enseignement de l’Eglise ? « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. » Elle n’est pas faite à la légère la promesse d’un Dieu. Tout désespoir vient du Démon, ne l’oubliez pas. La sainteté, la vie même de Dieu, vous est offerte, si vous la désirez de « tout votre cœur, de toute votre âme, et de tout votre esprit. » Persévérez et vous verrez des miracles se produire, en nombre.

« Prenez courage, j’ai vaincu le monde ! »

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Contre le libéralisme

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« Il n’y a pas de mot plus dangereux que le libéralisme, car s’y opposer est devenu le nouveau péché impardonnable. » – vénérable Mgr. Fulton Sheen

Qu’est-ce que le libéralisme ? Rien qu’à entendre le mot l’on sait qu’il s’agit de quelque chose d’important, et que de s’y opposer est dangereux, voir impensable. Cela est même impensable au sens fort : il ne faut pas le regarder de trop près, le critiquer, même rationnellement. Il faut le laisser comme il est. Il est bien là où il est… Voilà la première indice d’un sérieux dysfonctionnement, et qui au contraire devrait nous inciter à aller plus loin. Allons-y.

S’il fallait décrire le système économico-politico-culturel de l’occident en un seul mot, ce ne serait pas capitalisme, démocratie, républicanisme, ou progressisme – vrais, mais tous partiels – mais bien libéralisme. Voilà notre cadre commun, le socle qui nous porte et nous unis tous, guidant notre action commune et conduisant notre destinée. Nous sommes des libéraux. Qu’est-ce que cela veut dire ?

Si l’on en croit les textes écrit sur le sujet, cela veut dire beaucoup de choses, mais il semble qu’on puisse les concentrer en une seule formule, une maxime duquel tout le reste suit : Fait ce que tu veux tant que cela ne heurte pas la liberté d’autrui. Dit autrement, la seule loi est la Liberté, d’abord la nôtre, et puis celle des autres. Cela ne semble pas si mal, non? Mais les choses sont plus compliquées que cette première apparence, quasi joyeuse, voir exaltante, pourrait le laisser penser.

« Le monde moderne est plein de vertus chrétiennes devenues folles » disait Chesterton. Oui, nous sommes des libéraux, et presque totalement depuis plusieurs générations maintenant. Mais nous sentons, tous et de plus en plus, que quelque chose ne se passe pas comme prévu dans le plan initial… Chesterton continuait, « Elles sont devenues folles, parce qu’isolées l’une de l’autre et parce qu’elles vagabondent toutes seules. » En effet, de mettre la liberté au premier plan, parmi les grands idéaux qui doivent nourrir le cœur l’homme, n’est pas mauvais en soi – saint Augustin ne disait-il pas « aime et fais ce que tu veux » ? – mais c’est sortir la liberté de son environnement vital, l’isoler du tissu complexe des autres réalités humaines qui portent et guident nos vies, qui est catastrophique.

Comme une girouette dans une tempête, la liberté prise ainsi seule, détachée, n’a plus les moyens d’établir une direction claire, d’identifier des repères qui la conduiront où, au fond d’elle même, elle veut aller. Elle a écarté tellement loin les autres réalités humaines fondamentales qu’elle ne les voit plus que dans le flou, voir plus du tout. Elle demeure seule, face à un abime de possibilités devenues alors quasi-indistinctes. L’ivresse devient à peu à peu un vertige, qui se mue ensuite, lentement, mais inéluctablement, en angoisse. Où se trouve le sol ? Où est l’étoile polaire ? Existent-ils seulement ? Fait ce que tu veux tant que cela ne heurte pas la liberté d’autrui.

Car si un principe fort de liberté est important en tant que principe politique, et qui doit alors être contrebalancé par d’autres, il devient catastrophique en tant que système totalisant, métaphysique. Car alors ce n’est plus un champ pour l’épanouissement profond de l’homme que nous dégageons dans la cité, mais c’est, peu à peu, le triste « il est interdit d’interdire » que l’on imprime sur toutes les facettes de la vie. Or, n’y a-t-il pas des possibilités qui se présentent à nous qui doivent être interdites ? N’est-ce pas un des fondements mêmes de la civilisation ? N’est-ce pas ce qui caractérise l’homme maître de lui-même, libre en vérité, qu’il sache s’interdire les actions et passions que les grecs qualifiaient de « vice, » pour cultiver ce qu’ils appelaient « vertu » ? Cette force et vivacité de l’âme qui porte et protège la culture, la famille, l’amitié, l’amour ?

Voilà qui ne serait pas libéral ! Mais voilà ce sans quoi toute vie humaine ne saurait être heureuse.

Ainsi, le problème du libéralisme, quand il déploie sa logique propre jusqu’à devenir une maxime métaphysique, totalisante, est qu’il engendre et impose aux esprits le plus stupide des systèmes éthiques, l’utilitarisme. S’il peut paraître surprenant de qualifier ainsi un système pourtant développé par certains philosophes, enseigné par certaines chaires de grandes universités, il faut au contraire affirmer que l’on peut être brillant et aveugle. Et l’histoire nous le montre, encore et encore, que l’aveuglement est souvent la forme la plus terrible de stupidité. Le plus grand utilitariste de notre époque, le philosophe Peter Singer, défend l’euthanasie des nouveaux nés qui portent des handicaps lourds, jusqu’à dans ses manuels d’éthique destinés aux étudiants en licence et en master. Il distille sa doctrine dans les plus grands colloques et revues du monde entier, accueilli avec enthousiasme, ce qui n’est pas, au fond, étonnant, car il ne fait que développer et défendre l’éthique immanente au système civilisationnel occidental contemporain.

L’utilitarisme défend que l’action qui maximise le plus de plaisir pour le plus grand nombre est la meilleure. Il est le partenaire naturel du libéralisme, car celui-ci souffre d’une faiblesse terrible : les hommes ont la vue courte. Ainsi, quand nous sommes au sommet de la girouette de la liberté prise comme absolu, folle car sans repères, et qu’il s’agit de choisir un cap, d’établir un Bien qui va guider notre vie, qu’est-ce qui se trouve aisément à notre portée ? Le plaisir. Et celui-ci à ceci de particulièrement convenable à la liberté qui refuse toute limite qu’il n’impose jamais rien. Contrairement au véritable Bien, il n’a quasiment aucune autorité. Ainsi, avec un tel guide, la Liberté restera maître en toutes circonstances, et ne se verra jamais limitée par son principe choisi. Du moins, en théorie. Car la pratique montre à peu près exactement l’inverse : que celui qui se laisse guider par le seul plaisir ne reste pas longtemps libre.

Le libéralisme mène donc, peu à peu, au consumérisme, le culte des biens matériels, des plaisirs superficiels et contrôlés, qui s’acquièrent dans les doses que l’on veut, quand on le veut, tant que l’on soit membre, bien sûr, de ladite société de consommation. Car les places sont limités. Pour en avoir une de choix, où le menu sera le plus diversifié et appétissant que possible, il faudra se battre toute sa vie, que ce soit un souci de tous les instants. Les américains, qui connaissent si bien cette réalité sans en avoir trouvé la sortie, appellent cela la « rat race, » la « course des rats, » et que nous pressentons est l’essence, au fond, de notre « boulot, métro, dodo. »

Quel portrait noir pourrions-nous dire ! C’est notre réalité commune, aujourd’hui.  Raison de plus pour s’en réveiller ! Comment faire ? Arrêtons d’y consentir, ou du moins, si nous n’arrivons pas à voir comment pour le moment, cultivons précieusement cette insatisfaction et mettons nous en recherche. Tôt ou tard, nous trouverons la voie, si nous la cherchons. L’homme peut en effet vivre humainement, cela est son essence même, le désir qui marque le plus profondément son cœur. Mais s’il s’endurcit, s’il se complait, dans son égarement alors est perdu à jamais. « Aussitôt, les gens de Ninive crurent en Dieu. Ils annoncèrent un jeûne, et tous, du plus grand au plus petit, se vêtirent de toile à sac. » Demandons la grâce de l’humilité, si précieuse, si féconde en jaillissements de vie nouvelle. C’est elle, et elle seule, qui peut ouvrir la porte de nos vies, pour accueillir l’afflux d’Amour nouveau qui ne saurait alors tarder…

Le libéralisme est séducteur, profondément. L’on se rue du monde entier pour y participer, quitte à risquer sa vie, à laisser sa famille au pays, ses parents, nos parents, qui vieilliront sans leur fils et files pour veiller sur eux, là où il n’existe pas d’état providence, d’assurance maladie. Et chez nous, malheureusement, la plupart d’entre nous qui se disent autre chose que libéraux, au fond, le sont, au moins pour ce qui porte vraiment notre vie… Que de chrétiens qui avortent, qui usent de la pilule contraceptive !  Difficile, en effet, de garder sans cela une bonne position dans la « rat race, » d’être un consommateur aux options grandes ouvertes ! Mais peut-être, en fait, que ces cinq, six ou dix enfants auraient été la porte du salut… La voie vers une vie qui, simplement par ses exigences lourdes, par le surcroit d’humanité quelle demande, se déploie, s’épanouie de manière beaucoup plus forte dans ce qui est  Beau, Bien et Vrai, dans l’Amour.

Peut-être qu’au fond, il n’y a que la croix, contemplée et accueillie, qui puisse nous sauver de la séduction du libéralisme. Car il y a une distinction importante à faire entre la liberté et le libre arbitre que le libéralisme ne connait pas. Pour lui, tout ce qui existe, humainement parlant, est un champ quasi-illimité donné à notre faculté de décision. Or plus que simplement l’épanouissement de notre libre arbitre, la liberté humaine est surtout l’épanouissement de tout notre être, tant de notre libre arbitre, que de notre cœur, notre corps, notre âme, notre esprit, nos capacités artistiques, humaines et intellectuelles, de notre vie familiale, amicale et religieuse, de notre relation au Créateur. Elle est la communion intense, la cohérence, l’union la plus forte possible vécue entre les profondeurs de notre âme, les autres, et jusqu’au cosmos nous entourant. Voilà la Liberté humaine ! Que c’est grand, et d’ailleurs bien autre chose qu’une girouette libre de tourner comme bon lui semble…

L’enjeu de nos vies n’est pas d’avoir un champ d’action le plus large possible devant soi, obtenu et garanti par une position favorable dans la « rat race, » mais bien que notre liberté personnelle trouve et prenne le chemin le plus grand, le plus parfait dans et à travers l’Etre, jusqu’à trouver sa place dans les grands espaces qui n’attendent qu’à s’ouvrir dans les dimensions si diverses et riches de nos vies, tant soit peu qu’on apprenne à les vivre, comme cela sera offert à celui qui cherchera la Vérité sans relâche.

Comment remplacer le libéralisme ? Et par quoi ? Vastes questions ! Mais commençons par libérer tous les recoins de nos cœurs et de nos esprits. L’on ne vit pas dans une telle atmosphère sans en être imprégnée, et profondément. Cela prendra du temps. Mais il n’y a pas d’autre endroit par lequel il faut commencer, le reste suivra, la politique, l’économie, la culture… Sinon nous ne serions incapable à porter la vie que nous désirons. Et ne tardons plus, le libéralisme est décadent et, tôt ou tard, ne tardera pas à s’effondrer sur lui-même. Si rien n’est prêt, si personne n’est prêt, s’en suivra la barbarie, le règne de la violence, de la souffrance, de la peur. Le piège pourrait alors se renfermer sur nous, pour des siècles alors, peut-être plus. D’ailleurs, un passage par de telles épreuves est probablement inévitable, mais prions que ce ne soit qu’un passage, que des ouvriers aient, dès maintenant, patiemment et courageusement fait le travail, immense, qui ouvrira la voie à l’homme de se réconcilier enfin avec lui-même, avec son âme, sa véritable destinée.

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La communion douloureuse

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Reste-t-il une âme à la France ? Nos intelligences semblent parfois en douter, voir le nier. La France aurait vécu, elle serait morte. Qu’est-ce qu’être français ? Rien de plus que d’être américain ou allemand, mais simplement ailleurs. Au XXIème siècle les hommes sont interchangeables… Mais les évènements des ces dernières années l’ont montré autrement, l’Histoire nous a révélé qu’elle avait bien encore cours, et que nous y avions une place singulière, propre.

L’âme est le siège de nos facultés, la demeure de la vie intérieure. Nos passions authentiques, nos désirs les plus profonds, tout ce qui fait la beauté et l’unicité de nos personnes, y est porté, y prend vie. Nous pouvons être les témoins, privilégiés, de ce que porte un cœur, quand il le manifeste dans ses actes, ses réactions ou émotions les plus véritables. Une âme qui sait en vérité souffrir, aimer ou s’émerveiller est une âme vivante, blessée peut-être, ou même meurtrie, mais vivante. Et rien ne pourrait avoir plus de valeur.

Depuis 2015, une sorte de déferlement de souffrances nous a montré l’âme de la France. Dans ces moments, ceux qui la portent en eux ont été comme saisis d’une même émotion, qui dépassait d’ailleurs souvent ce qu’ils étaient capables de comprendre sur eux-mêmes. Ces moments ont été différents, certains très différents, mais par cela-même ils nous ont laissé entrevoir plusieurs facettes de ce que porte vraiment le cœur de notre pays, quelle est encore sa personnalité, la vraie, ni romancée ou déformée par l’orgueil, et quelles sont ses blessures, ses péchés, les vrais. “La France se meurt, la France est vivante !” l’on pourrait dire est le cri de ceux qui voient, plus loin que les apparences, le sens de ces évènements, de ces grandes communions nationales dans la douleur.

Ce bal de fléaux s’est comme ouvert avec des coups de kalashnikov en plein Paris dans une rédaction de journal, le 7 janvier 2015. En pleine réunion hedomadaire, la rédaction fut criblée de balles. Douze personnes reçurent la mort. La barbarie, cette réalité où l’on peut se faire poignarder pour un regard ou un mot mal reçus, fit son retour dans nos vies. La France hurla de douleur, et cria sa révolte.

Il y eu comme un étrange écho, et encore plus terrible, de cet attentat, quelques mois plus tard, le 13 novembre. L’on se promenait dans les rues de Paris en mitraillant sur qui passait. Une salle de concert a été prise d’assaut, des terrasses de café. Il y eu 131 décès et plus de 400 personnes blessées. Etrangement, c’était cette même France qui fut touchée encore : plutôt de gauche, libertine, plus ou moins en révolte contre les institutions religieuses, et fière de l’être… Mais tout le pays hurla sa douleur à nouveau. On nous tuait. On voulait tuer notre liberté. On n’allait pas laisser faire. Mais quelque chose est tout de même mort en nous ce soir-là, peut-être cette insouciance, ce sentiment d’invulnérabilité qui portait, au fond, ce microcosme né pendant les années 60, où révolte et fête n’étaient jamais loin l’un de l’autre… En effet, face au visage de la mort, qui est venu nous chercher d’un lointain pays jusque au cœur de notre capitale hyper-sécurisée, cette attitude existentielle manque de poids. Nos pieds dérapent. Il faut trouver quelque chose de plus solide… Mais quoi ?

La réponse sembla comme jaillir quelques mois plus tard. Dans une petite Eglise normande, deux hommes de 19 ans, abreuvés d’idéologie djihadiste, eux-aussi, prirent d’assaut la messe du mardi matin. Il y avait cinq personnes dans l’assistance. Le prêtre de 86 ans est chargé et frappé à l’autel. Il nomme le véritable auteur de l’attaque, “Satan va-t-en! Va-t-en Satan!” et est ensuite égorgé. Un fidèle, de 87 ans, a lui-aussi la gorge tranchée, mais survit. Les agresseurs furent ensuite abattus par les forces de l’ordre. A nouveau la France est ébranlée au plus profond d’elle-même. Ce vieux prêtre, c’était un père âgé que nous ne visitions plus, mais dont la seule existence, la présence même au loin, nous apportait un confort qui était en fait vital. Et on nous l’a enlevé. Cette confession que nous projetions de faire un jour peut-être – pas demain, mais peut-être un jour… – il n’est plus la pour la recevoir, pour nous dire “va en paix, tes péchés sont pardonnés.” Mais de ce drame se répand une onction. “Le châtiment qui donne la paix a pesé sur lui. Par ses blessures, nous sommes guéris.”

Là où la terrible lame était passée au travers de la fête, de la détente amicale, de la musique et de l’humour, et avait creusée une plaie béante en nous, cette fois elle avait déchiré la chaire et heurté quelque chose de solide, quelque chose que même lancée avec mille fois plus de force elle ne pourrait détruire. Ce prêtre a été égorgé à son autel. Lui qui avait donné sa vie par sa consécration la donna jusqu’au bout. La violence n’a fait que rendre son don absolu en un instant. “Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai.” Et ensuite, c’est comme si le cœur du père Hamel avait été rendu si grand, qu’il pouvait maintenant tous nous toucher, tous nous porter un peu. “Qui fait ainsi demeure inébranlable.” Et tous les français l’ont senti, ne serait-ce qu’un peu, ne serait-ce qu’au fond d’eux-mêmes, ce murmure du père Hamel qui dit, “je t’aime, j’ai donné ma vie pour toi.”

Comme pour que nous comprenions tous le sens de ce drame, il eut lui aussi lieu à nouveau, et lui aussi de manière plus profonde. A peine deux ans plus tard, un homme, cette fois de 25 ans, ivre de djihadisme, prend d’assaut un supermarché et y tue plusieurs personnes. Il prend une femme en otage. Il communique ses exigences politiques. Il ne les obtiendra évidemment pas. Le chef des forces de l’ordre sur place, le colonel Beltrame, pour sauver la femme, se propose en otage à sa place. L’assaillant accepte. Il libère la femme. Il tue le colonel. “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.” Et ce n’est plus une onction, mais une véritable gloire qui se répandit du drame. La France en fut comme inondée de lumière. “Nul ne prend ma vie, mais je la donne de moi-même.” La lame frappa non seulement, encore, le rocher indestructible, mais ouvra un puits de lumière. Arnaud Beltrame, priez pour nous. Peu d’actes dans l’histoire de notre pays ont fait autant jaillir la vie que celui-là. Ce sont les martyrs, les vrais, qui nous apprennent le sens de la vie.

La France a communié dans la douleur des coups islamistes, sans parler des attentats de Strasbourg et surtout de Nice, qui nous ont aussi meurtri au plus profonds de nous-mêmes. Que nous ont fait tout ces coups ? Il nous ont mis face à la mort, nous qui la fuyons plus que tout, portée par l’idéologie djihadiste, mais aussi face à la Vie, jaillissant du sacrifice de deux hommes, que la violence n’a pu que magnifier. Nous avons tous senti au fond de nous-mêmes les réalités existentielles les plus fortes, le néant et l’Amour, face auxquelles notre vie prendre position. Quand tout sera accompli, de quel côté serons-nous ? Aurons-nous bâtis notre existence sur le roc ? Du moins, maintenant nous savons tous, ou nous pressentons, si ce n’est-ce que légèrement, où il se trouve. “Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’Amour, et les fleuves ne le submergeront pas.”

La France a aussi communié douloureusement dans sa vie culturelle et politique. “Johnny est mort !” entendions-nous en décembre 2017. Plus d’un million de français vinrent de toute la France se recueillirent place de la Madeleine. Le groupe de rock du chanteur jouait ses morceaux, et son effigie était affichée sur l’Eglise. Paris était noire de monde. Une messe est célébrée. Le sermon est puissant. Comme l’individu lui-même, Jean-Philippe Smet, dans tout cela on trouve curieusement tout ce qu’il y a de plus français, mais aussi de moins… Le rock, les motos et les blousons en cuir, le prénom “Johnny” lui-même… S’il est vrai que depuis la libération de 1945, les américains ont plutôt bonne figure chez nous, pourtant l’URSS avait aussi vaincue les nazis, et aucun de nos artistes nationaux n’a pensé à prendre un nom aux racines slaves… Il y a quelque chose que nous avons profondément adopté de la culture américaine, et nous n’en avons pas toujours bonne conscience… Savons-nous au moins ce que c’est ? Serait-ce le culte de l’individu dans la superficialité facile ? Parfois, nous le craignons, mais sans y réfléchir trop longtemps… En tout cas, quoi qu’il en soit, nous l’avons pris chez nous, et depuis un moment.

Un an plus tard, en novembre, une autre marée, jaune cette fois, a remplie les rues de la France et de la capitale. Etonnamment, c’était la même France qui se mobilisait, ou du moins qui portait la mobilisation : plutôt rurale, ou au moins provinciale, de souche, de classe ouvrière et moyenne. Ce moment fut moins compris que les autres, car il porta une réelle menace à la puissance politique et économique. Il fallait l’étouffer, et on utilisa les médias. Mais la réalité a quand même suffisamment jaillie, pour que ceux qui ont soif de vérité aient pu la voir, au moins en partie.

On se révolta contre l’injustice économique, politique et fiscale, et contre la misère qui gagne, petit à petit, mais surement, les marges grandissantes de notre pays. Mais on se révolta surtout contre un système qui portait tout cela, dont on se rendit compte que l’on avait longuement bénéficié, quand il n’écrasait que les travailleurs chinois ou indiens, et détruisait leurs écosystèmes. Mais on avait maintenant vu son visage inhumain de près, et on allait pas se laisser faire, même s’il fallait manifester tous les samedis pendant des mois, des mois, et des mois… Ceux qui ont fait parti de ce mouvement en témoigneront, la révolte et la rage devinrent de l’espoir, une détermination de forger la voie vers un monde meilleur, ou en tout cas meilleur que le nôtre. L’immense majorité de la France a communié à ce mouvement, l’a soutenu, du moins avant que la désinformation face son effet sur ceux qui avaient trop à perdre d’un possible désordre.

“Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et là je lui parlerai cœur à cœur.” La France se réveille de ce qu’elle voit, de plus en plus clairement, a été un mauvais rêve. Elle commence à lever les yeux. “Nous avons eu un confort économique total et nous l’avons perdu. Nous n’en voulons plus. Maintenant nous nous battons pour la dignité.” Elle a pris chez elle l’idole du consumérisme américain, et en dégoutée. “Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais l’entraîner jusqu’au désert, et là je lui parlerai cœur à cœur.”

Mais il ne peut y avoir de véritable pardon sans sacrifice. Et là, c’est notre mère qui s’offrit pour nous. Le 15 avril , il y a à peine cinq mois, en fin d’après-midi, sans raison manifeste, la cathédrale Notre Dame prit feu. Les flammes firent par moments plus de dix mètres de haut. L’impensable se produisait, encore. Nous sentîmes d’une manière peut-être plus aigue encore la mortalité de notre peuple, sa fragilité existentielle. Quelque chose de terrible était en train de se produire. Le cœur de notre cœur se consumait dans les flammes. “Le châtiment qui donne la paix a pesé sur lui. Par ses blessures, nous sommes guéris.” Accepterons-nous cette grâce ?

La cathédrale tient toujours debout, ainsi que son maître-autel, sa croix et son tabernacle. Mais il faut la reconstruire. Les français ont montré, ils ont senti, qu’ils ont fait bien de trop de place ces dernières décennies à un mauvais vent qui soufflait de l’ouest, de l’autre côté de l’atlantique, d’une liberté qui, prise de vertige de ses immenses possibilités, s’engouffrait dans la matérialité et une superficialité stérilisante. Qui sont les grands hommes, écrivains et spirituels des soi-disantes Trente glorieuses ? Mais la France n’en est pas morte, tout juste. Elle n’a pas cédé, en fin de compte, aux sirènes qui souhaitaient l’endormir jusqu’à lui soutirer, enfin, ce qu’elle avait de plus précieux, son âme. Car nous avons vu, dans les épreuves que nous subissons depuis 2015, cette âme, en nous tous, souffrir, s’émerveiller et aimer. Notre cœur plus que millénaire est meurtri, mais il bat encore. Il y aura d’autres épreuves, beaucoup d’autres. C’est maintenant inévitable. Mais le père Hamel, le colonel Beltrame et notre église mère à tous, Notre Dame, nous ont montré la voie, celle qui ne trompe pas, celle qui ne peut pas tromper, celle de l’Amour qui se donne, celle enseignée par Jésus.

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Les Gilets jaunes contre la modernité liquide

Le sociologue Zygmunt Bauman a défini la « modernité liquide » comme le stade de la modernité où celle-ci dissout peu à peu et totalement les structures sociales censées durer et porter l’humanité à travers le temps. Nous y sommes. Traditions, valeurs, communautés locales, religieuses, familles… tout passe par le relativisation absolue, et arrive ensuite l’éclatement. Dès que cela devient franchement lourd à porter, ça peut passer par la fenêtre. On assiste même dans le monde anglo-saxon à la déconstruction de l’identité psychologique : je ne suis pas ce que je suis, je suis ce que je dis que je suis. L’on est homme, femme, ou même rien de tout cela, voir un être fictif ou un animal pour les plus créatifs et blessés. La France a eu une saine réaction de rejet face à ce dernier phénomène qui semble être un des stades ultimes de la modernité liquide, mais elle a plus que gobé tout le reste.

C’est contre ceci que les Gilets jaunes se révoltent. Ils opposent un « non ! » final à cette machine folle qui nous entraine personne ne sait trop où, mais en tout cas vers une destination qui ressemble de plus en plus à la catastrophe totale. Thatcher disait du système économique néo-libéral « there is no alternative. » Elle le disait d’ailleurs avec une telle force qu’on en a fait un acronyme, TINA. Nos élites nous disent de même sur la modernité liquide, c’est un progrès, c’est le sens de l’histoire, on ne peut pas faire autrement sans être obscurantiste… Les Gilets jaunes répondent « non ! »

Plus spécifiquement, ils s’attaquent à ce qui est le cœur de cet énorme complexe de dynamiques vicieuses : un système économique fou qui réduit jusqu’aux gouvernements  les plus puissants à l’obéissance servile. Aujourd’hui on gouverne plus pour le PIB et la croissance que pour le peuple. Bien sûr, le présupposé est censé être que l’intérêt de l’un est celui de l’autre. Mais les Gilets jaunes ainsi que les millions de travailleurs exploités du monde entier nous mettent devant l’énormité de ce mensonge. Le bien commun est le bien commun, et la croissance et le PIB sont tout à fait autres choses. Défaisons-nous le plus rapidement possible de ces mensonges qui nous empêchent d’avoir une vraie politique au service de l’homme.

J’appelle l’idéologie économiste qui envahit toutes les sphères de notre société aujourd’hui le consumérisme. Tout doit être pouvoir être acheté et vendu. Tout doit pouvoir être mis sur le marché et soumis à la spéculation. Rien ne doit être sacré. Et pour que ça marche, toute notre vie doit se conformer au modèle consumériste. Si on aime pas son boulot on en change, si on aime pas sa famille et ses enfants on en change autant que c’est possible. Dans les hôpitaux, l’impératif de soigner est subordonné à celui d’être rentable. Dans les écoles, on ne cherche plus à former des futurs être humains complets qui connaîtront l’histoire de leur pays et pourront apprécier les grands classiques, mais des futurs employés de multinationales capables faire des taches vides de sens sans poser de questions ou de problèmes. Notre vie entière doit être à la carte, quand on le veut et comme on le veut. Rien ne doit être sacré.

Bien sûr que la liberté est importante, et qu’il y a des grands choix à poser dans une vie. Mais ceux-ci doivent être précédés d’une intense période de réflexion, et quand ils sont pris, ils sont pris. A moins d’avoir fait une erreur lourde (par exemple sous la pression d’un parent qui ne respectait pas suffisamment notre liberté, ce qui n’est pas si rare…), on trace notre route. Et un certain nombre de choses sont plus ou moins fixes dans notre vie : nos traditions, notre famille, notre religion, nos convictions profondes. Bien sûr, ces choses doivent aussi évoluer. Tout ce qui convient à une époque ne conviendra pas à la prochaine. Et les erreurs sérieuses doivent être corrigées. Mais si tout change, l’essentiel est perdu : si à une certaine époque nous étions presque fixistes, aujourd’hui nous risquons de perdre ce qui fait de nous des êtres humains.

Car bien sûr, l’immense enjeu derrière ce combat est celui-là. Il est épique. Nous nous battons pour l’âme humaine. Si tout homme possède une dignité inaliénable, il peut vivre de telle manière à ce qu’il la bafoue complètement. L’homme peut se trahir. Et alors la vie devient terrible et vide de sens. C’est le règne de la violence, des forts sur les faibles, de la stupidité sur l’intelligence, de la vulgarité sur ce qui est élevé. « Tel est le destin des insensés et l’avenir de qui aime les entendre : troupeau parqué pour les enfers et que la mort mène paître. »

Les Gilets jaunes sont cette France qui sent que le système consumériste va les détruire corps et âmes. Il va les réduire à la misère, peu à peu. Mais il va aussi modifier insensiblement leur mode de vie jusqu’à le rendre complètement insupportable. Par une éducation publique radicalement apauvrie, par la publicité qui utilise les découvertes en psychologie pour pousser à consommer en masse de sodas et autres produits délétères pour la santé, par une programmation médiatique sans âme aux heures de grande audience, par la désertification des villages… Et il n’y a pas à dire si cela va arriver. Cela va arriver si ces personnes ne se révoltent pas. Comme leur homologues travailleurs pauvres américains, la majorité d’entre eux se retrouveront obèses, sans culture, dépressifs ou pas loin de l’être, dans ou proche de la misère, avec des familles éclatées et profondément blessées. Le « non ! » des Gilets jaunes est un cri de survie on ne peut plus noble et salutaire.

Qu’est-ce notre responsabilité, à nous tous qui avons encore une conscience éveillée ? Tout d’abord bannissons le TINA mortifère et mensonger de nos esprits. Le système économique n’a aucune légitimité à être tout puissant. Il doit être subordonné aux besoins de la société humaine, aux besoins des individus, des communes et des familles. Il doit d’ailleurs aussi être soumis aux besoins de l’environment : détruire des territoires pour obtenir les matières premières pour produire en masse des smartphones alors que tout le monde en à un est profondément immoral. Cela n’a aucun sens et est une dette criminelle sur les générations à venir, qui eux auront probablement véritablement besoin de ces matières premières.

Ensuite, soutenons les Gilets jaunes. Allons à leur rencontre. Ecoutons les. Refusons de participer aux décisions immorales dans nos métiers et sphères d’influences. Mettons une très grande pression sur nos dirigeants pour qu’ils fassent de même. Actuellement ils sont presque tous soumis au marché qui se souci autant de la morale que des dernières découvertes en physique quantique (et probablement moins d’ailleurs). Le peuple Français s’est levé prophétiquement alors que tout le monde avait perdu espoir. Le moment de reprendre notre avenir et souveraineté d’un système sans visage et sans intelligence est maintenant. Ne laissons pas cette occasion passer. Car il va nous détruire si nous le laissons faire, dans 10, 50 ou 100 ans. Mais cela arrivera. C’est soit lui, soit nous. L’humanité et le consumérisme ne peuvent pas co-exister, et contrairement à nous, lui n’a pas le moindre droit à la vie.

Nous ne sommes que des simples hobbits, mais comme Tolkien l’avait bien écrit, c’est ce qu’il y a de mieux pour détruire un anneau du pouvoir qui fascine et terrorise le monde entier. En route !

Comment lire les médias avec un œil critique

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En 2009, lors de ma première semaine en cursus de philosophie, un cours marqua mon esprit à jamais, la théorie de la connaissance. Aujourd’hui ma thèse porte en grande partie sur ce thème. Longtemps quasiment absente en France, cette discipline revient en force avec une chaire au Collège de France et des cours dans les meilleures facultés. Il s’agit d’étudier comment la connaissance est construite : comment cherchons-nous la vérité ? Cette question est cruciale quand il s’agit de notre relation aux médias. Nous subissons vagues sur vagues de désinformation dès que les enjeux sont élevés. Comment s’y retrouver si l’on souhaite rester informer ?

Il faut d’abord voir la gravité de la désinformation médiatique. Quatre sources sont fondamentales dans la construction du savoir : la perception, l’intelligence, la mémoire et le témoignage. Si une d’entre elles est défaillante, notre rationalité tout entière l’est aussi. Notre rapport au réel devient vicié. Cela est relativement complexe à faire pour les trois premières sources, mais pour la quatrième, cela est à la portée de tous : la mensonge et le désinformation.

La place fondamentale du témoignage dans la rationnalité est une trouvaille relativement récente de la théorie de la connaissance. Longtemps on a pensé que pour savoir quelque chose il fallait simplement une preuve matérielle et un raisonnement logique solide. Mais en fait, pour la grande majorité de ce que nous savons, ce schéma est une vue de l’esprit. En réalité nous faisons tous confiance sur parole à certaines autorités (scientifiques, experts, ainés, etc), et pour à peu près tous les sujets, de la vie courante aux recherches les plus poussées. Nous ne pouvons échapper à cela. En science même, les experts sont obligés de se faire confiance l’un à l’autre pour assurer leurs résultats. Sans témoignages fiables d’un expert à l’autre, pas de science. La connaissance humaine est ainsi fondametalement fondée sur la confiance en la parole de l’autre. (Pour les anglophones qui voudraient approfondir le sujet, un excellent article : https://stanford.io/2CniLYH .)

Et c’est pour ceci que la désinformation médiatique est particulièrement grave : il s’agit en fait d’une manipulation de masse. On abuse de la vulnérabilité des personnes et de leur désir naturel de connaissance pour fausser leur appréhension du monde. Car où pourrions nous aller ailleurs qu’aux médias pour savoir ce qui se passe en Syrie ou aux Etats-Unis ? Nous n’avons pas d’autres sources pour vérifier et comparer. Ces professionnels sont censés chercher l’information sur place et avec une rigueur d’expert…

Si une réforme urgente de notre système médiatique est donc nécessaire, entre-temps la questions se pose, comment s’informer sans se laisser berner ? Car bien evidemment, quand les médias désinforment cela est souvent parce qu’il y a des enjeux économiques et politiques importants à la clé. On chercher à pacifier et orienter l’opinion pour qu’au minimum elle ne s’oppose pas trop aux projets des puissants, et surtout si ceux-ci vont contre le bien commun – c’est à dire avant tout celui du peuple. Voici quelques règles d’hygiène de l’information qui me servent bien :

– Tout d’abord, travaillez votre culture. Celle-ci ne doit pas être obligatoirement ce qu’on nomme la générale, mais il faut que vous ayez une culture approfondie en au moins un domaine. En il vaut mieux que ce soit un peu plus profond que le rap ou la guitare folk. Cela ancrera votre intelligence dans une partie du réel, et vous apprendra à y reconnaitre la vérité. Si l’on n’a pas cela, on est comme une feuille prête à être emportée par le premier discours entrainant. Cependant, avoir une connaissance au moins basique de l’histoire de votre pays et avoir lu au moins quelques grands classiques est essentiel.

– Quand vous lisez un sujet important, si vous sentez des traces de désinformation prenez cela au sérieux. Quand quelqu’un nous ment on le sent souvent au moins un peu. Il faut utiliser ses instincts. Sans devenir paranoïaque, si l’article semble flou sur un point clé, s’il ne permet pas de se faire une idée claire de la situation tout en nous poussant à porter un jugement, si le langage est faussement objectif et utilise une présentation biaisée, méfiez-vous. Alors il faut :

  1. Chercher une autre source d’information de qualité. Comparer la traitement d’un sujet du Figaro, du Monde et de Libération permet souvent de se faire une idée claire où se trouve la vérité. Et cela est devenu très facile à faire grâce à internet. Il peut être utile d’ajouter que la vérité n’est pas le traitement qui se conforme le plus à vos préjugés, mais bien celui qui présente le plus de signes d’impartialité.
  2. Si les journaux française vous déçoivent, la presse étrangère peut être une excellente ressource. Profitez de vos langues étrangères ! La BBC notamment est souvent utile, même si elle a ses propres faiblesses sur certains sujets.
  3. Si la presse mainstream tout entière dans vos langues ne semble pas digne de confiance (ce qui arrive malheureusement), les sources alternatives peuvent contenir de véritables informations. Mais il faut se méfier de celles-ci aussi. D’un, leurs journalistes manquent souvent de rigeur. Rapporter l’information est un véritable métier et ne s’improvise vraiment pas pour la plupart des gens. De deux, beaucoup de ces sites cherchent souvent à manipuler l’information aussi, RT et Breitbart tombant dans cette catégorie. Ces sites sont donc aussi à lire aussi avec un regard particulièrement critique, mais ils peuvent être essentiels sur certains sujets.
  4. Le blog http://www.les-crises.fr de critique des médias est souvent une excellente ressource pour comprendre la qualité de certaines informations qui nous arrivent.
  5. Et finalement, si on ne trouve rien, et c’est très important : *Accepter que l’on ne sait pas.* Il ne faut absolument pas prétendre avoir un avis sur tout. C’est non seulement orgueuilleux mais c’est la meilleure façon de se retrouver à croire des bêtises. Ayez un avis quand vous pensez avoir une bonne information et un jugement solide sur une question. Sinon dites « je ne sais pas. » Si un certain nombre de journalistes d’opinion appliquaient cette règle, la France en irait beaucoup mieux.

Pour insister sur ce dernier point, si vous n’avez pas d’information de qualité, il ne faut pas essayer de jouer au plus malin avec les médias. D’une manière ou d’une autre, vous allez vous faire berner. Quand on essaye de déconstruire un mensonge pour trouver la vérité derrière, la plupart du temps on se plante. L’article ou le reportage en question sera en train de vous dire une histoire, avec des points vrais et d’autres faux, mais vous ne serez pas en mesure de savoir lesquels sont lesquels. Acceptez-le.

Les tactiques de désinformation peuvent être très diverses. Il est rare, mais pas si rare que cela, que les journaux publient ouvertement un mensonge. Généralement la présentation sera plutôt sévèrement biaisée. Des faits d’importance capitale seronts omis. Par exemple, en Irlande il y a quelques années une femme était malheureusement morte après s’être vue refuser un avortement, ce qui avait été largement retransmis à l’époque. Mais très rares étaient les articles qui rapportaient le témoignage précis de ses médecins sur la situation : elle était décédée d’une infection et un avortement n’y aurait rien changé. La demande avait été une tentative désespérée de la part de sa famille de pouvoir agir sur son état de santé. Mais cela aurait été totalement inefficace. J’ai même vu cette fausse information partagée sur le Facebook d’un professeur au Collège de France : « regardez comme l’avortement est nécessaire ! » Après avoir fait le travail de recherche qui m’a permis d’apprendre ce qui s’était véritablement passé, ce qui m’a plutôt frappé c’est que de tels cas de décès sont si rares que les militants pro-avortement irlandais n’avaient que trouvé celui-là à diffuser aux médias (car c’était bien eux la source première qui avaient donnée l’information à la presse pour faire avancer leur cause…).

Un mensonge médiatique crée aussi un sentiment de peur chez les gens. On entend un mensonge proclamé sur tous les toits, et l’on pense qu’on est le seul à penser la vérité. En fait, la situation est généralement presque l’opposée. Les personnes qui gobent presque tous les mensonges médiatiques ne sont pas si nombreuses que cela, même s’il y en a pas mal. En réalité nous sommes plutôt dans les 80% à se dire « Tout le monde croit cela ? Mais pourtant ça ne semble vraiment pas juste… » Arrêtez de vous inquiéter de cela ! Vous êtes en train de vous faire manipuler. Et si quand vous dites la vérité sur un sujet difficile on vous répond agressivement avec un mensonge médiatique, ne vous laissez pas intimider. Demandez à la personne de débattre avec vous, et si elle a vraiment tort, essayez de la libérer de cette emprise. Ce sera lui faire un bien immense.

J’espère que ces quelques éléments seront utiles. Pour moi ils l’ont vraiment été. Arrêtez de vous faire intimider, on vous ment et on vous manipule souvent. Arrêtez de donner ce pouvoir à ces gens. Mais ne tombez pas dans la paranoia non plus. Les théories conspirationistes sont vraiment on ne peut plus moches et une déformation grave de l’intelligence humaine. Dites simplement « Je ne sais pas. Le journal TV dit cela, mais je ne lui fais pas confiance, donc je n’ai pas d’avis sur la question. » Vous n’êtes pas obligés de penser que Poutine est un méchant, ou Bachar Al Assad, ou Donald Trump, etc. Vous le pouvez si cela vous semble vrai – et il y a des raisons de le penser même s’il faudrait sortir du registre contreproductif et pueril de la démonisation pour y réfléchir. Mais ne le pensez pas parce qu’on vous l’impose, ou parce que c’est ce que « tout le monde semble penser. » Cultivez votre esprit, soyez rigoureux, cherchez ce qui est bien, et honnêtement, tournez vous vers le Seigneur dans la prière et implorez : « Esprit de Vérité, ne me laisse pas tomber sous l’emprise du mensonge ! » Nous vivons dans une telle vallée d’ombres que sans une aide spéciale, même la personne la plus avertie peut trop facilement se faire avoir alors qu’elle pense être en totale maîtrise de la situation. Courage !

Dieu est un brasier

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Qui est Dieu ? Comment l’imaginer, le connaître ? Cela est impossible. Nous ne pouvons qu’utiliser des images et des concepts qui s’en rapprochent un tant soit peu, mais qui nous égareraient si on les prenait pour argent comptant. Il faut approcher le Seigneur de mille manières différentes pour apprendre à le connaître, pour que peu à peu notre cœur apprennent à sentir ce qu’il y a derrière les mots, les signes et les sons qui nous le révèlent. Dieu est un brasier.

Voila une belle porte d’entrée. Le Seigneur est un feu dévorant, dont la surface du soleil, le cœur des volcans et l’énergie de toutes les galaxies ne sont qu’un lointain et pâle reflet. Il est puissance insurpassable, d’une intensité telle que rien ne pourrait exister hors de lui s’il n’était pas aussi la douceur infinie. Dieu est amour.

Alors que le feu terrestre cherche à se propager en détruisant, le feu Divin, lui, brûle sans consumer. « Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Dieu est créateur, car il cherche à propager tout ce qu’il est, à le partager, à le faire rayonner de sa Gloire propre tout en laissant les creatures être ce qu’elles sont.  Il est feu qui réchauffe et brise qui rafraichit. Le saint rayonne de la Gloire divine en même temps que sa propre personnalité et individualité ne s’en retrouvent que plus affermies et épanouies.

Alors comment connaître Dieu ? Dès qu’il trouvera la moindre brèche, la moindre porte ne serait-ce qu’entre-ouverte, il entrera. « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » La nature déteste le vide, ce qu’elle n’a qu’héritée de son géniteur. « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. » Pour ceux qui ne le connaissent pas, il attend. Il est là, devant la porte, prêt à saisir l’occasion tant désirée de rejoindre sa Bien-Aimée. L’Amour est patient. Il attendrait mille années pour ne serait-ce que pour essayer de faire fructifier cette occasion. « Pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. »

Pour le Seigneur cette occasion qu’il aura de vous rencontrer va arriver comme immédiatement, même si elle sera dans trente ou quarante années. Mais aussi, chaque seconde de votre vie d’ici-là sera comme une durée infinie pour lui, chaque instant compté, chéri, où chacun de vos gestes seront aimés. Si seulement nous savions lui être ouvert tout le temps ! Quels miracles nous verrions dans notre époque ! Quelles merveilles il ferait en nous !

Pourquoi avons nous peur ? C’est un mystère. Nos premiers parents se sont détournés de lui et depuis nous avons peur, nous craignons qu’il prendra quelque chose de cher, qu’il exigera quelque chose de trop, et au fond, qu’il nous enlèvera le bonheur et la vie. Quels mensonges ! Nous nous tenons loin de l’oasis en nous jetant sur de magnifiques mirages qui ne sont en réalité qu’étendues de Sahara, et nous nous retrouvons la bouche pleine de sable. La fontaine de vie nous attend, nous appelle. Elle est prête à tout nous donner.

Regardez la création de l’univers ! Regardez avec quel magnifique soin sont fait les plantes, montages et étoiles, les moindres détails de vos mains… Il ne prendra pas moins soin de vous mais bien plus ! N’attendez plus, l’heure est trop grave ! Nous nous mourrons des mille poisons par lesquels l’humanité a essayé de se guérir elle-même. Tournons-nous maintenant vers la source de la joie, Celui qui réchauffe, guérit et conforte. Et si vous le connaissez déjà, qu’attendez-vous pour mettre en pratique les conseils des saints et du Christ ? Commencez, il n’y a pas une minute à perdre ! Nous verrons la gloire de Dieu rayonner sur les villes, les quartiers, les familles, et les enfants des hommes de notre temps. Laissons au XXème siècle la tentation du néant, et choisissons la vie.

Ma journée avec les Gilets jaunes

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Le samedi 1er décembre, après la messe canoniale, entre sexte et vêpres, je me rendis aux Champs Elysées et place de l’Etoile pour essayer de voir et comprendre la manifestation des Gilets jaunes, que les médias déformaient très clairement. Chapelet à la main, je priais pour ceux présent, les forces de l’ordre, les manifestants, les grands enjeux qui allaient se jouer ce jour là. En route, certaines stations de la ligne 9 sautaient à mon regard à la manière de signes, « Bonne Nouvelle », « Saint Augustin », « Saint Philippe du Roule »… Vous tous les saints du ciel, priez pour nous !

« N’ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Jamais ils n’invoquent le Seigneur. »

Souvent dans la prière au chœur avec ma communauté ce verset me touche quand il passe mes lèvres, quand il s’élève vers le Très Haut par les voix consacrées de mes frères et sœurs. Cela semble tellement décrire ce que nous vivons… Non seulement nous avons fait passer des populations de l’autre bout du monde d’une vie agraire pauvre mais humaine, à l’écrasante misère de la modernité industrielle – pour que nous puissions porter des Nikes et avoir des téléphones à bas prix – mais ce même schéma revient de plus en plus dans notre propre pays. Dans toute la France il y a des personnes qui n’arrivent pas à finir les fins de mois, qui vont fouiller dans les poubelles des quartiers riches et chercher dans les détritus après les marchés si on n’a pas laissé quelques carottes ou pommes de terre qu’elles pourraient mettre dans leur soupe…

« N’ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Jamais ils n’invoquent le Seigneur. »

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Arrivé sur place à 13h, je fis d’abord un tour des Champs Elysées. « Ave Maria gratia plena, Dominus tecum… » Je regardais les visages, les groupes et les bouts de foules en « méditant toutes ces choses en mon cœur ». Seigneur qu’il ne leur arrive rien de mal ! Seigneur que leur cri soit entendu ! Le tour fini, l’impression était celle que je garde encore aujourd’hui du mouvement : des personnes de tous horizons, tous bords politiques, en majorité provinciaux, surtout entre 35 et 65 ans et pacifiques. A ce moment la plupart des gens avaient l’air perdus. Y-a-t-il une manifestation ? Où est-elle ? Un groupe de quelques centaines de personnes organisa un cortège avec une banderole et aux cris de « Macron démission ! » Tous attendaient que cela commence que ça prenne forme. A 13h30 je filmais une video d’analyse en me rendant place de l’Etoile, que vous trouverez en bas de cet article.

La place de l’Etoile était une toute autre affaire. Mais de manière étonnante, contrairement à ce qui avait été le cas pour les Champs, on ne me fouilla pas pour y rentrer. Il y avait juste une ligne de CRS à passer et qui ne nous disaient rien. Pas d’interdiction, d’avertissement ou de conseils. De l’autre côté il y avait un ensemble hétérogène de Gilets jaunes, avec des groupes de casseurs lourdement équipés ici et là qu’on reconnaissaient à leurs casques, masques respiratoires en plastique dur, protections, organisation en groupes… Il y avait aussi quelques touristes éparpillés qui prenaient des photos. De l’autre côté de l’Arc on pouvait deviner un conflit entre les casseurs et les CRS dans une brume grise et les bruits de cris et explosions. La fumée des lacrymogènes remplissait l’air au dessus de nous. De temps en temps un bruit immense de grenade assourdissante faisait comme trembler tout l’espace. La majorité des personnes sur la place cherchaient clairement à manifester paisiblement.

Mais c’est là où je commençai à voir des choses choquantes… Je vis une colonne de CRS charger sur les manifestants autour et sous l’Arc de Triomphe, qui ne faisaient rien à personne. Ceux-ci s’écartèrent pour éviter le choc, et ensuite la colonne recula à sa place initiale aux abords de la place. Manœuvre d’intimidation. A ma gauche un CRS visait son fusil à cartouches lacrymogènes sur cette même foule pacifique, la plupart d’entre eux étant d’ailleurs de dos à ce moment là, et ceux-ci essayèrent de s’échapper des nuages qui se formaient à leurs pieds avant qu’ils ne viennent brûler leurs yeux et leurs voies respiratoires. Et ce manège continuait… A quoi jouait la police ? A ce moment-là je fis une petite vidéo d’analyse :

De plus en plus étrange… A ce moment je restais un peu à cet endroit en attendant quoi faire pour la suite. Je pris quelques photos en plus.

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Beaucoup de personnes avaient des masques comme ci-dessous. Au début je les pris pour des casseurs, mais me rendis rapidement compte que c’était des manifestants habitués, dans l’immense majorité pacifiques, mais qui connaissaient les tactiques de CRS. Cela évite de se faire bruler les yeux. En revanche, juste derrière moi il y avait un groupe qui avait un profil bien plus dur et un équipement bien plus menaçant, et qui se préparaient visiblement à la castagne. Et les CRS étaient juste à côté, ne réagissant pas et visiblement concentrés sur la foule du milieu en majorité pacifique…

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Dans l’ensemble, à ce moment là, l’atmosphère était tendue, mais pas à l’excès. Il y avait encore des personnes agées, des touristes, et même des familles qui gardaient un peu leur distance en observant. Ce clip en donne une petite idée :

« Ave Maria gratia plena, Dominus tecum… » Je restai sur place encore une bonne demi-heure, avant d’aller marcher dans le quartier. Je vis des choses sur-réelles, dont la plus surprenante fut une Porsche blanche de luxe sur son toit, en plein milieu d’une petite rue à côté d’un abri-bus pulvérisé.  Je n’ai pas pris de photos. Nos yeux ne sont pas faits pour voir le mal et les produits de la haine. Il ne faut les regarder qu’avec prudence, et encore, pas trop, au risque que nous devenions aveugle au Beau et à l’Amour.

Ce fut ensuite l’occasion joyeuse de retrouver un ami que je n’avais pas vu depuis un certain nombre d’années. Il avait rejoint quelques cousins et connaissances qui étaient montés de la Charente ce matin en voiture pour manifester. Ils étaient en jaune. Ils venaient de prendre leur repas et s’apprêtaient à retourner manifester. Le matin déjà ils avaient été là, au tout début, et me firent un témoignage des plus désolants. Ils décrivirent une foule provinciale et de tous horizons en majorité pacifique, comme je l’avais vue aux Champs avant d’aller à l’Etoile. Ils décrivirent les CRS qui prirent d’assaut cette même foule à coup de gaz lacrymogènes et de charges, les hommes, les femmes, les personnes âgées. En fait, ce qui m’avait surpris en allant place de l’Etoile semblait être la continuation d’une même stratégie : ne pas laisser une manifestation pacifique se former. Les conflits plus lourds que j’avais vus n’avaient pas encore commencés à ce moment-là – les casseurs ne sont pas du genre lève-tôt.

Cet ami est quelqu’un qui s’occupe des enfants maltraités, il est quelqu’un au cœur bon, venu manifester pacifiquement pour ses droits. Je le crois évidemment, et je crois aussi tout simplement mes yeux, et les nombreux témoignages vidéos viennent confirmer quelles étaient les directives que les CRS parisiens avaient reçus vis à vis de la foule pacifique :

Par exemple :

Et encore :

C’était lamentable et choquant, et nous n’avions encore rien vu. De retour près de la place de l’Etoile vers 15h30, nous retrouvâmes une véritable zone de guerre. La fumée noire des véhicules brulés remplissait l’air des avenues, ainsi que celle, grise, des gaz lacrymogènes. Une confusion absolue régnait. Les gilets jaunes étaient bien décidés à rester manifester place de l’Etoile, mais cette fois les CRS en empêchaient l’accès. Ils chargeaient maintenant tout le monde qui étaient simplement présents aux alentours de la place. Si on voulait manifester, c’est à dire simplement rester sur les lieux, il fallait éviter les tirs de gaz lacrymogènes, les charges et les canons à eau.

« Vous ne passerez pas. » Ce un très beau moment où le Gilets jaunes ne se laissèrent pas intimider et ne partirent pas, en risquant leur santé, voir leur vie tellement la violence était terrifiante. Evidemment, les casseurs profitèrent de cette situation de blocage pour tout détruire : j’ai vu plusieurs banques totalement défoncées, une grue en flammes (!), plusieurs voitures détruites, des façades saccagées… A ce moment là, il était clair que soit j’affirmais ma solidarité au mouvement, soit je rentrais chez moi. Je suis resté.

Vers 16h30, après un peu moins d’une heure dans cette situation folle et devant ce spectacle peu édifiant, je me mis en route pour la prière des vêpres de ma communauté. « Il ne dort ni ne sommeille le gardien d’Israël. » Mon ami a finalement réussi à passer jusqu’à l’Arc de Triomphe pour rejoindre la manifestation principale. Le soir même, lui demandant par sms si les gens de son groupe allaient bien, il m’écrivit : « Oui. Mais le décor plus loin était apocalyptique. » J’ai du mal à imagine ce qu’il a vu, car j’aurais très bien pu employer ce même adjectif pour décrire ce que nous avions vu ensemble…

« Ave Maria gratia plena Dominus tecum… »

En rentrant j’ai du sprinter pour éviter une charge de CRS qui venait d’une rue de côté. Je marchais jusqu’au métro, « Ave Maria gratia plena, Dominus tecum… ». Arrivé à la Paroisse Sainte Claire, je me mis en aube devant le Saint Sacrement exposé. « N’ont-ils donc pas compris, ces gens qui font le mal ? Quand ils mangent leur pain, ils mangent mon peuple. Jamais ils n’invoquent le Seigneur. » Je demandai au Seigneur de purifier mon cœur, d’empêcher que la haine s’y installe, la colère, que je puisse m’abandonner à sa volonté mystérieuse qui traverse tous les évènements de l’histoire pour les emmener à la Parousie. Leur sens nous dépasse de tellement loin, mais « mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. » On ne peut que s’abandonner, prier, aimer, récupérer la force pour se battre et se battre, sans rendre le mal pour le mal, en tournant l’autre joue, mais ne jamais se laisser abattre, ne jamais reculer devant l’injustice. Plutôt mourrir que devenir complice de cela.

Le lendemain, après les laudes, je trouvai ce qu’il me fallait pour récupérer la paix : pardonner. Je pardonnai les CRS, ceux qui ont donné les ordres, le gouvernement, les médias qui ont participé à la désinformation, les casseurs… Je les pardonne tous, et je les aime. Ils sont pris dans le système dont j’ai été libéré par Jésus. « Je veux le libérer, le glorifier ; de longs jours, je veux le rassasier, et je ferai qu’il voie mon salut.  » Je veux qu’ils soient libre aussi ! Comme je le désire, comme Dieu les aime ! Ce système dans lequel ils essayent de se faire un abri, de construire leur vie, est la bouche de Satan. Ils y seront broyés s’ils y restent. « Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux. »

Aujourd’hui, je suis bien décidé à dire ce que j’ai vu, à élever ma voix en défense de ce mouvement des Gilets jaunes que je soutiens maintenant complètement. Il est complexe et difficile à comprendre, mais il est dans le vrai et le juste. Peut-être que j’écrirai une prochaine entrée ici sur pourquoi c’est le cas. Mais pour l’instant, essayons de nous libérer de la désinformation qui cherche à saper nos forces vitales en nous embrouillant l’esprit, et tournons nous vers Marie : « Ave Maria, gratia plena Dominus tecum… ».

Voici une vidéo d’analyse que j’ai fait à chaud, vers 13h30 ce samedi là sur les Champs Elysées. Avec le recul et même avec ce que j’ai vu après, je pense qu’elle est toujours bonne. Je vous prie d’excuser mes légers bégaiements, et c’était aussi la toute première fois que je parlais ainsi devant une caméra, mais le fond de l’analyse en vaut la peine il me semble.

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